‹ Anthologie des poètes canadiens [microforme]Chapitre 107 sur 255 · LA PATRIE AU POÈTE · texte numérisé non relu

LA PATRIE AU POÈTE

Poète, mon enfant, tu me chantes en vain,

Je suis la Terre ingrate où rêva Crémazie :

Célèbre si tu veux ma grave poésie,

Mais pour toi, mon enfant, je n'aurai pas de pain !

Pour toi mes paysans ne sèment pas la terre.

Quand tu presses l’Été de blondir leurs moissons,

Généreux, daignent-ils honorer tes chansons ?

Poëte, le semeur ne se dit pas ton frère.

Au bercement des vers, Poète, endors ta faim. Que la gloire du Rêve ennoblisse ta vie.

Proclame qu'elle est belle et grande, ta Patrie, Mais pour toi, mon enfant, je n'aurai pas de pain ! |

Rêveur, pourquoi m'aimer comme on aime une femme ? Tes yeux se sont mouillés d'avoir vu ma beauté;

Pour comprendre ton cœur et vivre ta fierté,

Poète, mon enfant, il me faudrait une âme !

Les noms des fiers Aïeux dont l'honneur et la foi

Font pensif l'Étranger qui traverse mes plaines, Chante-les, plein d'orgueil, dans tes strophes hautaines ; Poète, ces grands Morts ne revivent qu’en toi.

ALBERT FERLAND

Va, Barde primitif des vierges Laurentides, Va-t-en pleurer ton cœur comme un fou dans les boi”, Fi

dèle au souvenir des héros d'autrefois, l'andis que l'or vainqueur fait les hommes avides !

l’oète, mon enfant, tu me chantes en vain.

Je suis la Terre ingrate où rôêva Crémazie ; Célèbre si tu veux ma grave poésie,

Mais pour toi, mon enfant, je n'aurai pas de pain !

(Le Terroir)

ÿNNUI D'AUTOMNE

Comme on vous voit mourir dans l'épaisseur de l’eau, Pénétrez dans mes yeux, rayons mourants d'automne, Entrez, rayons, dans mon cerveau, Pour que mon âme soit bonne; Pénétrez dans mes yeux, rayons mourants d'automne.

Venez me rappeler l’ardeur du cher Eté, Sur moi soyez ainsi que sur la feuille morte; Semez en moi votre bonté Pour que mon âme soit forte.

Sur moi soyez ainsi que sur la feuille morte.

11 m'est doux de vous voir, dans les matins mouillés, Acerocher votre gloire aux bouleaux de la route, ‘ar je vivrai les jours brouillés Où la pluie aux frimas s'ajoute...

Accrochez votre gloire aux bouleaux de la route.

Soyez lents à pâlir sur les choses d'en bas:

Glissez dans les chemins par où nous vient la Vie. Rayons, rayons, ne mourez pas

- Sur les penchants de ma patrie !

Éclairez les chemins où nous pleurons la Vie.

(L' Ame des Bois)

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[PANNE TEEN

Louis-Joseph Doucet

BIBLIOGRAPHIE, — En vers : La Chanson du passant (Montréal, 1908); —- La Jonchée nouvelle (Wontréal, 1910): -- Ode au Christ (Montréal, 1910); — Sur les remparts (Québec, 1911): — Les l’alais chimériques (Québec, 1912) ;:—Les Grimoires (Québec, 1913);

Près de la Source (Québec, 1914); — Les Scpulcres blanchis Québec, 1915); —Palais d'argile (Québec, 1916); —Au vent qui passe (Québec, 1917) — Idylles symboliques (Québec, 1918); — Vers les heures passées (Québec, 1918). — En prose :. Contes du Vieux lemps (Montréal, 19101; — Pages d'histoire (Québec, 1914); \loise Joessin (Québec, 1918); — Les Campagnards de La Noraye Québec, 1918).—En prose et vers : Au bord de la Clairière (Québec,

EN PRÉPARATION. —- Les Aubes mortes, poésies,

M. Louis-Joseph Doucet est né à Lanoraie, le 30 octobre 1874. Ses premières études furent plutôt courtes: élevé à la campagne par des parents rien moins qu'à l'aise, il ne connut guère l'école et, tout enfant, s'employa beaucoup plus aux travaux des cham ps qu'à l'étude de l'alphabel ou des quatre règles. À l’âge de quinze ans, cependant, l'ambition lui étant venue de s'instruire, il résolut de quitter le loit paternel pour aller au loin gagner le prix de ses études. Lui-même nous rappelait dernièrement, dans un court billet, cette période de sa vie :

€ Après avoir aidé mon pire au labourage de la terre, je coni mençais À quinze ans à naviguer sur le Saint-Laurent. À re métier, je gagnai, la première année :

8 mos à $5 par mois, ci..............,........ $ 40 La deuxième année :

S mois à 810, ci.

La troisième année :

SOU SI CEE DLEU Joignez à cela les 100 piastres de l'héritage paternel, ci 100

Et vous arrivez au total imposant de... ............... $3,0

€ C'est vous dire que les jours de ce temps-là étaient durs, el vraiment Je ne désirerais pas les recommencer de la même man iére

€ Voyons maintenant la puissance de l'argent en aussi grande quantité. Ces trois cent quarante piastres me permirent de faire, au Pelit Séminaire de Joliette, des études plus où moins complètes (il n’est que bon d'ajouter que j'avais pu arrondir encore un petit peu ma fortune en me refaisant durant les vacances navigaleur). Enfin, voilà, que voulez-vous que je vous dise encore ? Depuis ma sortie du collège, faisant encore toute espèce de métiers de chien, j'ai été trois ans sans

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ouvrir un livre. J'ai été longtemps agent d'assurances. J'ai même cté employé dans un journal — la Patrie -— pour y écrire. Je suis marié et père de famille. El maintenant, j'habite Québec depuis quelques années déjà, comme fonctionnaire.

« Et je mourrai content des hommes el des femmes, mais plus content des animaux. »

« .. Doucet, né à la campagne où il a grandi, savait à peine lire, à vingt ans, quand il est entré au collège. Ses impressions premières se sont nettement gravées en lui; les leçons de la nature n'ont pas élé amoindries par les leçons des livres. Le conventionnel et l'apprêlé n'ont point détrôné dans son style la spontancité simple de l'homme des champs. Voilà pourquoi son œuvre 8e distingue par la chaleur, l'abandon, la franchise... Il possède la vision du paysagiste, vision d'ensemble qu'il nous communique, et que nous gardons longtemps après la lecture de sx livre... La sincérilé, l'attendrissement, une franche saveur de terroir et l'abondance sont les qualités maîtresses de ce généreux poèle au cœur naïf. Jamais au Canada le sentiment de la nature n'a chanté avec autant de chaleur ct de pittoresque.» CHARLES Gi)

« Si vous avez jamais le plaisir de faire sa connaissance, — ce que je vous souhaite, — après avoir capté sa confiance par une mise humble, des propos qais el sans prétention, et surtout — mais ceci entre nous — par quelques mots élogieux à l'adresse de son cher Villon, obtenez qu'il vous entrelienne des vieux paysans qu'il a connus, el vous vous régalerez! Très modeste, très timide, Doucet ne se livre pas au premier venu, mais dès qu'il s'abandonne, il vous tend son âme comme un livre ouvert: on y lit couramment la bonté, la simplicité et une étonnante égalité d'humeur. Doucet est content de tout, de la pluie et du beau temps, de la boue et de la verdure; il ne désire rien de plus que ce qu'i l possède; c'est un sage, un La Fontaine attardé.

« L'originalité est le trail caractéristique de Doucet, qualité premivre des poètes de race. Doucet est lui-même, il n'imite personne, et la seule influence qu'il ait subie un peu fortement, — parce que celui qui l’a exercée n'était pas sans affinité d'esprit avec lui-même — est celle de — ôtez votre chapeau — Maître François Villon, excellent diable, prestiqieux rimeur et charmant assassin ! Il a pris au Cpôvre escholier » ses couplets de huit vers à triple rime et ce rtainement demandé à ce eux maître le secret de réussir la ballade et le chant royal, et Villon le Lui a donné. A la forme, je crois, se borne ce que Doucet doit à Villon; le fond est bien à lui et tout à Tu:

« Et si l'on me demandait, maintenant, de quelle école est Louis- Joseph Doucet, je répondrais qu il n'est d'aucune, sinon de la sienne; et c'est bien ainsi que doit être tout bon poêle. » (ALBERT LOZEAU).

Doucet a écrit peu de poèmes que ne déparent pas des incorreclions, des obscurités; il en est même qui sont franchement inintelligibles : c'est l« rançon de sa facilité et de son originalité tout à la fois. Sa synlare, son orthographe, sa ponctuation, sont abominables. Enjin, la typographie de ses livres, et jusqu'à leur couverture (il les fait cartonner !),

160 ANTHOLOGIE DES POÈTES CA NADIENS dénotent un manque de goût absolu. Mais ses dons naturels le classent parmi les poîles canadiens-français les plus intéressants de sa génération.

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