‹ Anthologie des poètes canadiens [microforme]Chapitre 184 sur 255 · LES VIEUX CANONS · texte numérisé non relu

LES VIEUX CANONS

Ils sont là huit canons d’archaïque modèle, Placés négligemment, abandonnés, épars,

Qui, sans s’apercevoir de ce manque d’égards, Méditent sur la guerre impitoyable et belle.

Ces noirs tubes de bronze ont le tympan rebelle, L’enclouage brutal les a rendus hagards.

Ils se croient dans la nuit, braqués sur des remparts Où sonnera dès l’aube une charge nouvelle.

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NOTES in Mr anne on 4

CAE

Le fracas agaçant des tramways fouette l'air, Les soldats autour d'eux font résonner le fer; C'est en vain, les vieillards songent dans le silence.

Mais quand la foudre gronde et que brille l'éclair, Les prenant pour un feu qui réclame vengeance, Les canons mutilés frémissent d’impuissance,

En (Les Forces) LA VILLE

Recouverte d’un masque indifférent, la ville Aux veux de l'étranger nettement se profile.

Elle a sa forme exacte, un dessin arrêté, Beaucoup de mouvement mais nulle intimité, Une âme collective et superficielle

Où la couleur d'un jour seulement se révèle.

Il faut pour la connaître avoir vu ses maisons Naître et se remplacer ainsi que les saisons.

Sur le cadre précis des nouvelles façades L'ombre des anciens murs demeure en embuscade. A la cité vivante une morte se joint.

Avant que de son air nous sentions le besoin, Pour qu’elle nous émeuve et soit une patrie,

Il faut avoir laissé, dans son sein, de la vie;

Là de la joie, ici des pleurs, plus loin du sang. De plus, si des amis avec nous, en passant,

Y semèrent épars des lambeaux d'existence, Une rue, un trottoir cachent des souvenances, Les pierres des maisons renferment des secrets. Au-dessus, au-dessous, la ville étend des rets Où, comme autant d'oiseaux, se prennent nos pensées. Et devant des maisons aux lignes redressées Où rien n'indique plus un toit qui s’écroula, Rêveurs, nous exhumons parfois de la mémoire Des reliques d'amour, un bonheur, un déboire, Et nous nous répétons encore : C'était là !

————— (Les Forces) RÉFLEXIONS

Que tu la eouvres bien, la mort, terre eoquette ! Depuis des temps indéfinis

Tu reprends dans ton sein la chair et le squelette De ceux que la vie a bannis.

ALPHONSE BEAUREGARD 229 Tu fauches sans compter, dans ton indifférence, Enfant, vieillard, forêt, roseau, Et ta face toujours garde un air d’innocentce, Un sourire infiniment beau.

Je sais que je devrai moi-même disparaître Comme un insecte après l'été,

Mais je vois de si gais chemins de ma fenêtre, Qu'un spectre n’y peut habiter.

Une si bonne odeur plane sur les prairies, L'eau me berce avec tant d’amour,

Les bois pleins de soleil ont de telles féer'?s, La neige est un si blanc velou,,

Que si je trouve, à terre, un crâne sous ma pioche, Loin d'aller gémir dans le vent,

Au lieu de m'éffrayer de la mort toujours proche, J'exulte d’être encor v'vant.

(Les Forces)

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