PATINAGE
Sans effort, je tourne, je glisse,
Ainsi que mû par une hélice Dans le néant.
Sur la glace polie et dure
Mon patin trace une guipure Au point géant.
Une valse folle aiguillonne
La foule qui court, tourbillonne, Tête en avant.
C'est un remous d'’étoffes souples,
Une charge leste et par couples Contre le vent.
Sensation délicieuse,
Rien n'est réel. L’onde joyeuse M'ensevelit.
Je la perce, vire, tournoie,
Et le couple que je coudoie Semble .petit.
’areillement je diminue,
Nous sommes un point dans la nue; Je ne sais pas
Si je patine ou si je vole,
Je ne vois qu’une farandole De haut en bas.
L'acier grince, partout on jase...
Est-ce que la mouvante extase M'échapperait ?
Voici le dernier son des cuivres; Sans aucun doute je fus ivre A peu de frais.
RE (Les Forces) CONCORDANCES
Le même triste accent vient toujours des rapides, Toujours les mêmes flots font le même cireuit En recueillant le rêve et l'espoir dans leurs rides.
Je l'ai senti déjà, le vent de cette nuit; Il conserva mes paroles; il les répète, Et de naïfs couplets renaissent avec lui.
Un firmament connu resplendit sur ma tête.
Les étoiles de l’an passé sont de retour; Le souvenir des temps éclaire la planète.
Mon âme d'autrefois ressuseite à son tour, Et, comme une eau qui part avec d’aimables rides, Calmée elle reprend son doux rêve d'amour.
Son accent reviendra, triste, dans les rapides. ———— (Les Forces) L'OR (1920)
Je suis l'or, simulacre étrange de la vie, Prolongement de l'énergie, Que l'homme — propageant l'élan primordial — Conçut pour insuffler une âme subalterne A ja matière qu'il gouverne, A ses créations de fibre et de métal.
CRESSETELS