‹ Anthologie des poètes canadiens [microforme]Chapitre 186 sur 255 · ALPHONSE BEAUREGARD · texte numérisé non relu

ALPHONSE BEAUREGARD

Je circule parmi les rêves Et par moi les désirs hors des terroirs s'élèvent, Matérialisés en fantasques moissons

D’œuvres d'art, de maisons,

De vin clair qui chatoie, D'instruments et de pain, de bijoux et de soie.

Je suis un rayon de soleil

Qui paraît et métamorphose,

Autour de l’homme, toutes choses :

Une source chantante en un boudoir vermeil, Un amas de charbon en écheveaux de laine, Une plaque de bronze en essaim de phalènes.

Je suis une vibration Qui répercute au loin l'effort de la matière : Une machine impose au fer des torsions, Le ciseau tombe et fend la pierre, Et par moi, quelque part, s'allongeront des bras, Des outils couperont, la vapeur luttera,

Je suis une idée en voyage Qui se fait acte, puis de l’acte se dégage.

Je deviens cuir ou bloc de plomb Dont on tire de l’or pour quelque randonnée.

Je suis un mouvement né d’un autre, fécond, Dans le rythme éternel des forces alternées.

J'accours où voltige l'espoir, Où les dieux ont juré de capter l’eau mouvante Et d’enchaîner la flamme au fond des antres noirs. Je luis, et des cités s’étalent, débordantes, Il rôde dans les champs de grands trains annelés, La vie est dans les yeux, des blocs sont descellés

Puis, tout à coup, les murs fléchissent, les fenêtres Semblent des orbites de morts.

On se demande avec angoisse : Où donc est l'or ? Je suis caché dans l’ombre, inutile à mes maîtres; Leur foi seule était mon soutien :

Ils ont tremblé, je ne suis rien.

ISETTTEE EURE

Alonzo Cinq Mars

M. Alonzo Cinq-Mars a fourni des vers à la Presse, à l'Avenir du Nord, au Nationaliste et à quelques autres journaux.

Nous avions demandé à un ami très intime de M. Alonzo Cing-Mars de vouloir bien nous fournir quelques notes biographiques sur ce poèle. Voici, textuellement, ce qu'il nous a répondu :

« Alonzo Cing-Mars, de Québec, vient de la campagne, comme la plu part des vrais Québecquois. Il naquit en 1881, à Lotbinière, et vécut la plus grande partie de sa jeunesse au Cap Santé. Passa plus de temps sur les bancs de sable du Saint-Laurent aue sur les bancs de l’école. Lut envoyé au Petit Séminaire de Québec par ses parents, qui voulaient en faire un prêtre. Trompa ces picuses espérances et ne fut pas même avocat. Ne fit que du journalisme. Rime depuis sa plus tendre enfance. A dispersé des vers ça et là dans divers journaux, sous le pseudonyme de Zo Marsal. De son propre aveu, la plus élogieuse appréciation qu'on ail faile jusqu'ici de son talent est venue de ses plagiaires. Pour ne citer qu'un exemple, c'est ainsi que le plus renommé de nos compositeurs canadiens n'a pas hésité à mettre en musique une pièce de M. Cing-Mars ‘Quand même !) et à la publier sans en indiquer la provenance. »

On sentira, à lire M. Cinqg-Mars, qu'il réussirait très bien les livres à la manière de Paul Géraldy.

M. Cing-Mars fait du journalisme depuis une vingtaine d'années, tantôt à Montréal, tantit à Québec.

SOUVENIR DE PLAGE (1907) Je me souviens qu'un jour nous effeuillions des roses En rêvant tous les deux à l'ombre d’un buisson.

Vos grands yeux semblaient dire au ciel bleu tant de chases Qu'en mon cœur je sentis passer comme un frisson.

Les cieux étaient si purs, si grisantes vos poses, Dans son nid si gaîment chantonnait le pinson Que j'osai vous parler, après beaucoup de pauses, D'un amour dont jamais je n'avais eu soupçon.

Or, m'avez-vous aimé? Vous aimais-je moi-même ? Nous ne pensons plus guère à ce troublant problème; La pensée en est loin et le cœur est ailleurs.

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