PRINTEMPS TRISTE
(1911) A Mlle IRENE D.
J'ai parfois dans mon âme une tristesse vague, Ce qui me rend pensif, faible et morne, et rêveur, Et mes esprits troublés comme une immense vague Bouleversent alors mon cerveau de viveur.
Puis tous ces souvenirs : une fleur, une bague,
Une lettre d'amour, un billet de faveur...
C'est bien vrai que la vie est une affreuse blague, Que seul le dernier jour donne un peu de bonheur. Demain, j'aurai vingt ans. Je commence ma course Tout fatigué de vivre, et ma seule ressource
C'est mon cœur amoureux, mon âme de poète.
Je suis triste, c'est vrai: mais n'ai-je pas vingt ans ? Et n’êtes-vous pas là, joyeuse et toujours prête A chasser de mon cœur tout ce triste printemps ?
René Chopin
BIBLIOGRAPHIE. — Le Cœur en exil (Paris, Georges Crès, 1913). M. René Chopin a collaboré au Nationaliste, à l'Action, au Nigog.
M. Joseph-Fabien-René Chopin naquit au Sault-au-Récollet, en 1885. Notaire de son état, il a fait ses éludes secondaires au Collège Sainte-Marie et ses études professionnelles à l'Université Laval, à Montréal. Il exerce sa profession dans cette ville depuis 1909. Il a encore affiné par des voyages un esprit naturellement très délicat. Lors d'un voyage en France et en Italie, il a été créé chevalier de la Croix du Latran, ordre pontifical créé par Léon XITI. Il consacre à la littérature tous ses loisirs.
Péladan a parlé très favorablement du Cœur en exil, ouvrage « d'un lyrisme si sincère et d’un art si accompli ».
« On peut le lire page à page (le Cœur en exil} sans la fatigue du déjà Lu. Les images sont neuves... Le givre, la neige, le vent, y tiennent grande et poétique place. Fleur de gel est un bijou... Mais le crescendo est dans les Poèmes. La beauté de l’image, l'allure des vers déployés, la perfection de la forme, sont de la belle et haute poésie. » (Madame JULIETTE ADAM).
M. Chopin a élé très discuté au Canada. Éloge ou blâme, ce pur artiste a tout accueilli avec le même silence indulgent, la même sérénité hautaine el un peu méprisante. Il n’est d'ailleurs homme plus modeste.