‹ Anthologie des poètes canadiens [microforme]Chapitre 211 sur 255 · FEU PRINTANIER · texte numérisé non relu

FEU PRINTANIER

Prends à la vigne en fleur qui sent fluer ses sèves Le bois sec des sarments Le long de cette grève Ramasse les copeaux et ces jones gras et lourds Que l’eau haute en avril entraîne dans son cours, Puis, va dans le bois proche au bord du fleuve, apporte La mousse du tronc d'arbre et les cônes du pin, Des feuilles de fougère avec les branches mortes A l'automne dernier de l’orme et du sapin.

Que le bûcher s'élève et soit plus inflammable Pénétré d'herbe sèche et du foin de l’étable. Maintenant fais jaillir l’étincelle du feu,

Que le foyer bruyant s’anime peu à peu;

Regarde pétiller la vive sapinette

Et se tordre les dards de l'épine-vinette.

Ecoute aussi, bruit monotone, l’aigre voix On croirait d’un grillon captif du feu sournois Qui, subtil, se propage, insinuant, et l‘che Le sol herbeux, lançant de subites flammèches, Mordant une racine, une souche, un caillou, Superbe dans l'éclat de son brusque courroux. Mais voici que bientôt la flamme diminue

Et fait plus sombre encor la ténèbre venue... Tandis que dénouant leurs longs voiles mouvants, Des nuages hâtifs s'échevèlent au vent,

Dans l’espace où tu vois, ample et tuméfiée, Yeux caverneux, fixant l'ombre pacifiée,

La bouche sans haleine, étrange en sa frayeur, La Lune au masque clair qui pousse sa clameur.

(Le C'œur en exil)

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