SOUS BOIS
J'ai revu la forêt sombre des Laurentides Où l'ombrage déclive, au rêve hospitalier, Me reposa jadis de la ville fétide.
Nulle elameur du val et nul chasseur avide N'y troublent le repos où l’on peut oublier.
La mousse enrobe encor, brodeuse infatigable, Les fûts des cerisiers, des frênes, des bouleaux, Qui croisent au soleil leurs branches innombrables. La vrille a perforé l'écorce des érables,
Dont s'élèvent au ciel les gothiques rameaux.
Oh ! que de chants bénis sur son clavier de feuilles Entonne la forêt au lever du matin :
Joyeux refrains d'amour par lesquels on accueille Le poète songeur dont l'âme qui s’endeuille Attend le pur baiser d’un soleil argentin.
D. Li
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O trembles ! quels pensers absorbent vos silences ? Les gestes délicats de vos torses menus
Revêtent aujourd'hui l'attitude des lances.
Lorsque la brise aux mains pieuses vous balance,
Il semble que j'entends des soupirs contenus :
« Notre ami, comprends-nous, chuchota leur verdure, « Toi dont parfois notre ombre a veillé le sommeil,
« Et puise en la forêt un courage qui dure,
« Où le tourment de vivre en extases s’épure
« Comme un ciel nuageux par un coucher vermeil. »
Mon âme dans la paix du bois se plonge, entière, Méêlant tous ses désirs à son susurrement.
O la félicité de se sentir lumière...
Elle vêt le manteau de sa candeur première
Et se repose sous un tremble, exquisement.
(Les Eaux grises)
Jean Nolin
BIBLIOGRAPHIE. — Les Cailloux, poésies (Montréal, 1918). EN PRÉPARATION. — Un roman. ‘
M. Jean Nolin naquit le 21 août 1898, à Sorel. Entré au Collège Sainte-:Larie (à Montréal) à onze ans, il est reçu bachelier es-arts à dix-neuf ans. Les Cailloux paraissent l'année suivante. Une partie de ce recueil a été composé dès la quinzième année.
Parce qu'il croit que l'avenir de l'intelligence, au Canada, dépend largement des conditions économiques, M. Jean Nolin se destine à l'industrie et fréquente maintenant l'École des hautes études commerciales.
M. Olivar Asselin a écrit à propos des Cailloux, dans la Revue moderne, que la poésie de M. Nolin possède, entre autres qualités, celle « d'être honnête sans être bêle ».
Le père du poète, M. Joseph Nolin, professeur à l'École dentaire de Montréal, taquine lui aussi la muse.
JEAN NOLIN 30!
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