‹ Anthologie des poètes canadiens [microforme]Chapitre 33 sur 255 · LA CHAPELLE DE TADOUSAC · texte numérisé non relu

LA CHAPELLE DE TADOUSAC

Salut, Ô nuit d'été ! rumeurs harmonieuses Qui montez de la grève aux collines poudreuses Qu'un jour Cartier foula !

Salut, humble clocher de l’antique chapelle Qui domine les flots et dut la voix rappelle Les fils de Loyc': !

Dis-moi, tandis qu'épris des soupi.s ce la brise, De la vague qui pleure et se roule et se Lrise

Au pied de ces talus, Je crois ouïr au loin comme une âme qui prie Et, montant vers le ciel, parle à ma rêverie

Des jours qui ne sont plus ;

Dis-moi, que cherchaient-ils, ces bons missionnaires Dont les mains ont béni tes lambris séculaires ?

L'or ou la volupté?

Au siècle où nous vivons ces dons plaisent aux hommes: À nous le temps suffit, aveugles que nous sommes !

Eux ont l'éternité !

€ Longtemps, pareil au lynx à l'œil faux et perfide, « Le mal, à notre insu, nous imposa ses lois: « Prions ! prions, enfants des bois !

« Prions ! laissons le mal aux cruels Iroquois : « Le soleil des chrétiens nous éclaire et nous guide !

€ Il donne leur arome aux fleurs, (Il enseigne au castor à bâtir ses cabanes:

(Sa parole a séché nos pleurs, (Sa main verse la paix autour de nos savanes,

LOUIS-JOSEPH FISET 57

ess

« Plus suave qu’un soir d'été, « À ses festins d'amour notre Dieu nous appelle. « Pour nous, de nos maux attristés, «Il vient chaque matin visiter sa chapelle !

« Dieu ! c’est toi qui nous soutiens

«Au fond de nos forêts, dans nos chasses lointaines: « Qui fais tomber dans nos liens

« Et les oiseaux de l'air et le gibier des plaines.

« Toi seul, tu calmes la douleur, «Quand la dent de la faim ronge notre poitrine ! « Souffrir ! c’est encor le bonheur !

« N'es-tu pas mort pour nous, là-bas, sur la colline ?

« Tes prêtres nous ont enseigné « À craindre des méchants la présence funeste; «Mais pour eux ton cœur à saigné :

« Pour nous tous, à Jésus, que ton pardon nous reste.

« Pareils à la taupe sans yeux,

«Is errent dans la nuit au fond de leur ornière : « Par pitié, fais briller pour eux

« Le plus petit rayon de ta grande lumière !

« Dieu, descends sur nos coteaux !

« Viens dans ta magnificence !

« Pour t'adorer en silence,

« Les tribus, dans leurs bateaux, «Ont franchi l’espace immense :

« Dieu, descends sur nos coteaux ! »

Plus doux que la chanson des lointaines cascades, Qui grandit, murmure et s'enfuit,

Résonnaient les accents des naïves peuplades, Montant sur l’aile de la HUE oc

lis s’élevaient encore; la mer impétueuse, ” Aplanissant son large dos, Vint mêler sur la plage à leur note pieuse Le chant moins grave de ses flots...

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