OCTAVE CRÉMAZIE LS
essais: Gérin-Lajoie avec Alfred Garneau s'y atlardait au sortir de la
bibliothèque du parlement. Octave Crémazie, accoudé nonchalamment
ur une nouvelle édition de Lamartine ou de Sainte-Beuve, tandis que
son frère faisail L'article aux clients, jelail à de rares intervalles quelques
réparties finies parmi les discussions qui se croisaient autour de Eu.
Tout au fond de sa librairie s'ouvrait un petit bureau. C'était Le cénacle
où il donnait ses audiences intimes. C'est alors, dans ces cercles
restreints, que Crémazie s'abandonnait tout entier et qu'il Livrait les trésors de son étonnante érudition. Les littératures allemande, espaquole, anglaise, ilalienne, Lui étaient aussi familières que la littérature française; il citait avec une égale facilité Sophocle et le Ramayana, J'uvénal et les poiles arabes ou scandinaves. il avait étudié jusqu'au sanseril ! » Et, puisque c'est d'un poèle qu'il s'agit, il est bien entendu aussi qu'il faisait des vers. Aucune occupalion ne Lui parut jamais plus digne d'intérêt et, c’esl encore son biographe qui nous l'apprend, il oubliait même, à L'occasion, « d’escompter un bület à la banque pour courir après une rÜme qui Lui échappait. » On sait le reste, et comment le public apprit un bon matin (1863) le départ précipité d'Octave Crémazie pour un bu! inconnu. Réfugié en France, il y serait mort mille fois de misère sans les secours qu'il recevait de ses frères, surtout sans l'active sympathie qu'il éprouva, en plus d’une rencontre, de la part d'une famille française attachée au Canada par de vieux liens, la famille Bossange. IL vécul seize années encore, dévoré de nostalgie, accablé d'angoisse, plus malheureux que les pierres. Il s'éteignit au Havre, en 1879. C'est là que fut enterré, presque en cachette, celui que beaucoup de Canadiens. considèrent, encore aujourd’hui, comme « le poèle national » du Canada français. — Depuis 1913, un modeste monument, élevé à la mémoire de Crémazie par ses admirateurs, français aussi bien que canadiens, marque dans le cimetière du Havre l'endroit précis de sa tombe. Crémazie a aussi un buste à Montréal, dans le
square Saint-Louis.