__ L'ABBÉ APOLLINAIRE GINGRAS
La machine au début se conduit comme un charme, Sur ceux du pied voisin règle ses mouvements; Mais voilà que bientôt notre homme est dans l'alarme, Le ressort agissant beaucoup trop par moments.
La course devient folle à donner le vertige ! Devant les magasins, il fuit comme le vent : On dirait Phaéton dirigeant son quadrige.
Il veut s'arrêter, mais toujours file en avant !
L'épouvante et l'horreur suintent sur son visage ; On croit Clam possédé d’un infernal esprit.
Il saisit les poteaux et tout sur son passage; Mais la jambe toujours saute et court sans répit.
On l'entend s'écrier en toute conscience :
« Arrêtez-là, la gueuse ! Ah ! je suis morfondu ! » En entendant ces mots, vers von Clam on s’'élance, Mais, comme plume au vent, il s'envole éperdu !
Il gravit les coteaux, il traverse les plaines, Sans pouvoir reposer ses 0s presque moulus.
Von Clam se jette à bas ! mais espérances vaines : La jambe se relève et va de plus en plus.
Il courut jour et nuit durant une vingtaine,
Et de l’Europe entière il fit deux fois le tour. Clam mourut à la fin, sans doute à bout d'halein La jambe se démène ainsi qu'au premier jour !
(Ce qu'il a chanté)
L'abbé Apollinaire Gingras
BIBLIOGRAPHIE. — Au fover de mon presbytère, poèmes el chansons (1881); — L'Emballement, poème politique anti-impérialiste (Québec, 1920). -— En prose : Le Bas-Canada entre le moyen-âge et l’âge moderne (Québec, Imprimerie du Canadien, 1880).
Apollinaire Gingras est né à Saïnt-Anloine-de-Tilly, le S mars 1847. Il fut ordonné prêtre en 1873. Il occupa successivement diverses cures à Saint-Fulgence du Saguenay, à Saint-Édouard de Lothinière, à Sainte-Claire et, en dernier licu, à Chiteau-Richcr. A cause de son grand âge, il a renoncé à exercer son ministère et s'est retiré à l'Hospice Saint-Joseph de Lévis.