LES CANADIENS DES VIEUX PAYS
Loin de notre rive fleurie
Qu'un sang généreux féconda, Quand vous reverrez la patrie Chère aux Français du Canada, Vous direz à Jacques Bonhomme, Au nez des badauds ébahis, Que Jean-Baptiste le surnomme « Le Canadien des Vieux Pays. »
L'idée a bien cinq ou six lustres.
Elle eut pour père un député.
Nous en avons, des plus illustres, Dont chaque mot est répété.
Je n'invente rien; mais J'admire Ces einq mots qui, du cœur jaillis, Feront rêver, s'ils font sourire, Les Canadiens des Vieux Pays.
A vos frères, qui sont les nôtres, Dites que, loin de pactiser
Avec le clan des faux apôtres
Qui voudraient nous défranciser, Nous résistons comme un seul homme, Peuple cédé, mais non conquis, Parlant encor le français comme
Les Canadiens des Vieux Pays.
Dites-leur que l’âme française Survit près du fleuve géant; Qu'elle s'’épanouit à l'aise
Dans le bassin du Saint-Laurent; Que nous avons, honneur insigne, Cent fois par le Destin trahis, Fait preuve d'un courage digne Des Canadiens des Vieux Pays.
Nous regretterons votre absence.
Nous voudrions suivre vos pas, Revoir le beau pays de France Dont le souvenir ne meurt pas.
108__ANTHOLOGIETDES POËTES CANADIENS
A nos séances fraternelles
Vous reviendrez, comme jadis, Et nous donnerez des nouvelles Des Canadiens des Vieux Pays.
(Vers L' Idéal)
Adolphe Poisson
BIBLIOGRAPHIE.-— Chants canadiens (Québec, P.-G. Drelisle, 1580), épuisé; — Heures perdues (Québec, À. Coté, 1894); -— Sous les Pins (Montréal, Beauchemin, 1902).
Né à Gentilly (Nicolet) le 14 mars 1849, vit à Arthabaska depuis l'âge de deux ans. Fit ses études secondaires au Petit Séminaire de Québec. Admis au barreau en 1874, il était la même année nommé receveur de l'enregistrement dans le comté d'Arthabaska. Depuis 1890 il s'est, par intervalles, livré aux affaires, mais sans jamais négliger la poésie, qui fut la passion de toute sa vie. On dit qu'il a encore dans ses cartons la matière de quatre ou cinq volumes, tant en prose qu'en vers, que seule « l'indifférence du public pour les travaux de l'esprit » — comme i! dit — l'empêche de livrer aux imprimeurs.
«Le nouveau volume de M. Poisson (Sous les pins) est frais et gracieux. La grâce, c'est ce qui caractérise surtout. à notre aris, le genre du poète d’Arthabaska. Non pas que nous lui refusions l'inspiration et le soufle lyrique... Mais il nous sembl> que M. Poisson cultive avec une inclinalion spéciale la poésie intime, qu'il aime à chanter surtout la famille et ses émotions saintes, les joies de l'amitié, la nature et ses aspects. » (Tomas CHapais, dans l'Événement du 2, décembre 1902)