‹ Anthologie des poètes canadiens [microforme]Chapitre 66 sur 255 · ADOLPHE POISSON · texte numérisé non relu

ADOLPHE POISSON

Quand le jeu des ‘imbours et le bruit des batailles Dans nos champs étonnés promènent leurs concerts, L'orgie épouvantable, enivrant tout Versailles, Trouble de ses clameurs l'écho du Pare-aux-Cerfs.

Sr cet abandon, la lutte fut superbe:

Sur l'héroïsme enfin le nombre l'emporta

Et le peuple martyr, moissonné comme l'herbe, Connut comme le Christ les pleurs du Golgotha !

Alors ceux qui craignaient la verge tyrannique Des vainqueurs insolents s'enfuirent par milliers; Alors on vit partir la noblesse héroïque,

Les comtes, les barons et les hauts chevaliers.

On les vit s'embarquer sur les flottes anglaises,

Pour aller loin d'ici redorer leur blason,

Et, fuvant l'ouragan, hôte de nos falaises,

Chercher un ciel plus doux, un moins sombre horizon.

Les malheureux fuyaient les champs pleins de leur gloire;

lF'atigués et vaincus, ils voulaient le repos... Pévolution, méprisant leur histoire

Survint, versa leur sang et dispersa leurs os !

Sur ces rives du moins ils combattaient en braves. Hé ‘ros, on les voyait combattre des héros,

l'andis que sans honneur, de l'anarchie esclaves, e sur tête a rencontré la hache des bourreaux.

Mais lorsqu'ils nous laissaient, ces nobles fils de France, Pour éviter le joug des Anglais détestés,

Prêts à combattre encor, forts contre la souffrance,

Les humbles, les obscurs vaillamment sont restés.

Nous sommes tous restés, nous fils de la roture, Pour cultiver ces champs noblement défendus, Pour donner à nos morts la sainte sépulture

Et recueillir partout nos vieux drapeaux perdus.

Oui, nous sommes restés pour démontrer au monde Qu’'une blessure au cœur peut se cicatriser,

Que notre sang est pur, que le sol qu’il féconde

Peut enfanter des preux sans jamais s’épuiser.

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Oui, nous sommes restés, braves entre les braves, Oui, nous avons subi la morgue du vainqueur,

Et nous avons brisé de puissantes entraves,

Une fois l’arme au bras, toujours l'espoir au cœur.

Nous nous sommes groupés tous autour de nos prêtres, Ces fidèles gardiens de la foi des aïeux,

Qui savaient affronter nos despotiques maîtres,

L? croix sur la poitrine et la paix dans les yeux.

Aussi voilà pourquoi la superbe Angleterre,

Voyant des Canadiens le sang se ranimer.

À voulu laisser croître en paix sur cette terre

Des bras pour la défendre et des cœurs pour l'aimer.

Voilà pourquoi la France à travers les orages Salue avec orgueil ce rejeton béni, Et reconnaît enfin sur ces lointains rivages

Le France régénéré, le Gaulois rajeuni.

(Chants canadiens)

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