‹ Anthologie des poètes de MontmartreChapitre 121 sur 160 · BRONZE · texte numérisé non relu

BRONZE

Quand j'étais matelot, j'avais une maîtresse

Qui n'avait pas seize ans; C'était une indolente et douce mulâtresse,

Dont les seins reluisants, Sur sa poitrine sombre occupaient tant de place

Sans faire de replis, Qu'ils figuraient à nu deux boutons de culasse

Soigneusement polis.

Ses cheveux que le peigne en vain cherchait à mordre,

Ruisselaient fins et longs.

En cascades d'anneaux, sans même se détordre,

Jusque sur ses talons.

Sauf un collier de nacre et deux bagues pareilles,

D'un ton éblouissant.

Un bracelet d'ivoire et des boucles d'oreilles

De corail « fleur de sang », Cette enfant n'avait pas douze réaux d'indienne

Pour couvrir sa beauté.

Aussi, pour échapper, pendant la méridienne.

Aux ardeurs de l'été, Elle capitonnait de feuilles de platane

Sa case au jonc vermeil.

Et dans un flot neigeux de fine tarlatane,

Abritait son sommeil.

Elle était belle, ainsi ! Ses veines colorées,

Sous sa peau de satin, Epandaient sur son corps les teintes mordorées

D'un bronze florentin.

328 ANTHOLOGIE DES POÈTES DE MONTM\RTRE

d'où viens-tu ?

Flot, d'où viens-tu, voyageur morne, Sur quel sable as-tu déferlé?

Viens-tu des horizons sans borne, Du Cancer ou du Capricorne, Viens-tu du pôle désolé?...

Viens-tu des plages d'Ionie, Où le ciel aux constants reflets Plane sur la surface unie Des flots dont la douce harmonie Berce les traîneurs de filets?

As-tu ceint de tes annelures Le corps frémissant de Vénus, Et fait dans tes molles allures, Flotter les lourdes chevelures Des brunes vierges aux seins nus?

Sous les cieux où les nuits sont brèves

Et les horizons vaporeux.

En te déroulant sur les grèves,

As tu cadencé les doux rêves

D'un poète ou d'un amoureux?

As-tu de tes ondes limpides Etreint ces superbes vaisseaux Pleins de ces hommes intrépides Que l'aile des brises rapides Emporte loin de leurs berceaux?

As-tu, dans ta course insensée, Là-bas, où le monde finit, Senti, sous la brise glacée, Ton eau captive et condensée Se durcir comme le granit?

Las de te mêler aux ravages Des noirs ouragans affolés.

As-tu, sur de brûlants rivages, Etouffé de tes chants sauvages, Le cri plaintif des exilés ?

Baignais-tu les pieds de Neptune, Lorsqu'il jeta son Quos ego} As-tu, sous la brise importune, Porté César et sa fortune, Ou des proscrits comme Hugo?

Sait- on où finit, où commence Ta force, ô terrible inconnu?

Tantôt tu crèves l'arche immense Et respectes dans ta démence Parfois l'empreinte d'un pied nu.

Là-bas, étrange dans ton oeuvre, Tu brises tout, flot triomphant, Ici, glissant, molle couleuvre, Sous la chaloupe que manœuvre Le bras débile d'un enfant.

Ta verte spirale moirée, Ta spirale au reflet changeant Se détord sur l'arène ambrée, Et ta folle aigrette nacrée S'éparpille en flocons d'argent.

Flot, d'où viens-tu? Voyageur morne.

Sur quel sable as-tu déferlé > Viens-tu des horizons sans borne.

Du Cancer ou du Capricorne, Viens-tu du pôle désolé?

Echos du Bord, Poulet-Malassis, 1861.

OCTAVE PRADELS 33 I

OCTAVE PRADELS

Octave Pradels, poète, chansonnier, romancier, auteur dramatique, né à Arques (Pas-de-Calais), en 1S42. Dès l'âge de i5 ans, court le monde et de'ambule principalement en Russie, de la Vistule à l'Oural et de la mer Blanche au Caucase. — En 1870, sous-lieutenant aux mobilisés de l'armée du Nord. — A inventé la conférence avec auditions à la Bodinière et y a créé les Soirées gauloises. — Auteur gai, s'il en est, à recommander aux. neurasthéniques et aux convalescents. — Fut président de la Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de musique.

BIBLIOGRAPHIE

Pour dire entre hommes, contes en vers ; Pour dire entn femmes, contes en vers; Les Desserts gaulois, contes en vers; Contes joyeux et chansons folles ; Les Chansons gauloises ; Gaillardises, contes, prose ; L Héritier des Moulardon, roman ; Li plan de Nicophore, roman ; Agence matrimoniale, roman ; Lesamours de Bidoche, roman ; Moines, nonnes et curés ; L'Eternel Cotillon ; Trente ans de café-concert. [Tons ces volumes ont éii.édités par Fiammanon.1

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