LE DEPART DES ASPERGES
Malgré l'attrait des nuits sereines Que chacun doit au Printemps-Roi, Depuis Clamart jusqu'à Suresnes Les potagers sont en émoi.
Le cœur de l'artichaut se serre ; Le vieil arrosoir verse un pleur; Un soupir discret mais sincère S'échappe du trou du chou-fleur;
L'escargot en chemin s'arrête
De baver ; l'arbre est sans rumeurs...
C'est que la première charrette
S'en vient pour chercher les primeurs.
Insolent comme trois concierges,
Un gras voiturier d'Arpajon
Prend dans ses doigts gourds les asperges
Et les ligote avec du jonc...
Tout en admirant vos manières, Vos camarades légumiers Craignaient — asperges printanières — D'abord que vous vous enrhumiez.
Narguant leur avis salutaire (Vos nez roses tournaient au bleu) Au lieu de rentrer sous la terre Vous vous haussiez encore un peu.
Quittant l'air gauche des fillettes Ayant rapidement grandi, 11 n'est pas jusqu'aux plus fluettes Qui n'affectent un front hardi...
Car chez vous l'énergie est jointe A l'orgueil... On ne sait jusqu'où Dès qu'elle veut pousser sa pointe, L'asperge se monte le cou !...
Or, vos chimères idéales
Étaient de briller, dès Avril,
Sur le fameux Carreau des Halles...
Grand bien vous fasse!... Ainsi soit-il
Vous serez, à propos de bottes, Guillotinés par des gourmets Ou par des noceurs en ribotes, Légumes... Adieu pour jamais!...
Et les petits pois, pauvres gosses, Vous voyant fuir au pomt du jour, Se serrent, craintifs, dans leurs cosses, Car demain, ce sera leur tourl...