CHIENS ERRANTS
Quand les implacables hivers Font craquer sous les ciels couverts
Les branches mortes, Les maigres chiens abandonnais, L'oeil chassieux, la goutte au nez
Hurlent aux portes.
Les molosses et les roquets Ont de pitoyables hoquets
De ventriloques ; Leurs poils eiïrangés et vaseux Pendent, sordides, après eux,
Comme des loques.
Rôdeurs effroyables et laids, Sur les tas ils vont chercher les
Choses pourries, Et reniflent en frémissant Dans le sable noirci, le sar.g:
Des boucheries.
Ils n'ont ni respects ni pitids Pour l'étalage des fruitiers, Et leur vadrouille, Par fumisterie ou dépit S'amuse à souiller de pipi Mainte citrouille.
Voient-ils venir certains passants Avec des gestes caressants, Ils restent rosses ; Et ne se montrent indulgents Qu'envers les vieux, les pauvres gens, Ou bien les gosses.
Ils dédaignent, plissant le nez, Les caniches trop bichonnés Et leur maîtresse.
La fièvre seule les grisant, Ils engueulent les hommes en État d'ivresse.
Ils grognent, ils font du pétard. Leur queue, humble et triste étendard
De la révolte, Tremble, et se dresse pour rallier Les sans-niche, les sans-collier.
Les sans-récolte...
Mais chacun, paillard, pillard, Redevient gai dans le brouillard.
Voleur, volage :
Ohé ! voici l'instant du viol Et de la revanche, et du vol A l'étalage I
Le rut apaisant leur ennui, Ils pourront dormir cette nuit
Brutes pensives ; Et les débonnaires escrocs Ont des sourires plein les crocs,
Plein les gencives...
Ils lécheront, trompant la faim, Demain, l'eau qui coule sans fia
D'une latrine ; Et pour terminer leur roman, Crèveront poétiquement
De la poitrine...