‹ Anthologie des poètes de MontmartreChapitre 84 sur 160 · SONNET · texte numérisé non relu

SONNET

Rêver, presque dormir. Dormir des paysages, Peindre avec du sommeil de très sourds horizons Où n'ont surgi jamais ni souliers, ni maisons, Mais seulement parfois d'impalpables visages.

Peindre rien, presque rien, en tons subtils et doux. Ne se frôler les yeux qu'avec des robes d'âmes, Ne pas troubler de bruit ces visions de femmes Qui rôdent longuement dans l'intime de nous.

Chanter, chanter très bas la chanson irréelle. Souffler le dessin net et la touche cruelle, Copier le non-être avec soin et très bien.

Au bas d'un brouillard flou mettre sa patarafle.

Par impuissance, hélas!... n'être rien, presque rien,

N'être rienl... mais surtout n'être pas photographe l

MAC-NAB 2 3g

« Maurice Mac-Nab, né à Vierzon, le 4 janvier i856. A fait ses premières armes aux réunions des Hydropathes qui prirent plus tard le nom d'Hirsutes C'est là qu'il débita pour la première fois sa fameuse ballade des Poèmes mobiles qui est bien le plus beau monument d'incohérence ahurissante qu'on ait jamais pu rêver

« Quand les hirsutes eurent cessé de se réunir, il se dirigea sur Montmartre, cette butte sacrée qui est, comme chacun sait, le paratonnerre des idées bourgeoises.

Quelquefois au cœur des tumultueuses soirées de l'institut du Chat Noir, Mac-Nab, long, maigre, étriqué, porteur &\i faciès tragique de ceux-là qui ont reçu du ciel la haute mission de venir jeter un peu de joie en ce siècle d'habits noirs et des chapeaux funèbres, Mac-Nab prenait place devant le piano et avec un zézaiement qui n'était pas un des moindres charmes de son talent déclamatoire, il annonçait solennellement : L'Expulsion. Et aussitôt une clameurd'enthousiasme emplissait la salle, cassait les vitres, couvrait le brouhaha des échanges de bocks et l'organe tonitruant de Salis. Mac-Nab possédait la voix la plus rauque et la plus fausse qu'il soit possible d'imaginer; on croyait entendre un phoque enrhumé. Mais cela l'inquiétait peu. Il chantait tout de même, sans se préoccuper des gestes désespérés d'Albert Tinchant^ son accompagnateur ordinaire.

Mac-Nab a publié, chez Léon Vanier, un volume intitulé les Poèmes mobiles, dont Coquelin cadet a écrit la préface. Les trouvailles et les fantaisies y pullulent, et l'on n'y compte pas moins de trente-sept pièces, presque toutes heureuses, réussies, débordantes de la gaîté et de l'originalité les plus pures, lesquelles sont fort spirituellement illustrées par l'auteur

La suite des Poèmes mobiles a paru toujours chez Vanier, avec ce titre : Poèmes incongrus. »

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