LES FOETUS
On en voit de petits, de grands, De semblables, de différents, Au fond des bocaux transparents.
Les uns ont des figures douces ; Venus au monde sans secousses, Sur leur ventre ils joignent les pouces.
D'autres lèvent I06 yeux en l'air
Avec un regard assez fier
Pour des gens qui n'y voient pas clair
D'autres enfin, fendus en tierce, Semblent craindre qu'on ne renverse L'océan d'alcool qui les berce.
Mais, que leur bouche ait un rictus.
Que leurs bras soient droits ou tordus, Comme ils sont mignons, ces fœtus.
Quand leur frêle corps se balance Dans une douce somnolence.
Avec un petit air régence I
On remarque aussi que leurs nez, A l'intempérance adonnés, Sont quelquefois enluminés :
Privés d'amour, privés de gloire, Les foetus sont comme Grégoire, Et passent tout leur temps à boire.
Quand on porte un toast amical, Chacun frappe sur son bocal, Et ça fait un bruit musical !
En contemplant leur face inerte, Un jour j'ai fait la découverte Qu'ils avaient la bouche entr'ouverte
Foetus de gueux, fœtus de roi,
Tous sont soumis à cette loi
Et bâillent sans savoir pourquoi!.,.
Gentils fœtus, ah ! que vous êtes Heureux d'avoir rangé vos têtes Loin de nos humaines tempêtes i
Heureux, sans vice ni vertu ; D'indifférence revêtu^ Votre cœur n'a jamais battu.
Et VOUS seuls, vous savez, peut-être, Si c'est le suprême bien-être Que d'être mort avant de naître I
Foetus, au fond de vos bocaux, Dans les cabinets médicaux, Nagez toujours entre deux eaux,
Démontrant que tout corps solide Plongé dans l'élément humide Déplace son poids de liquide.
C'est ainsi que, tranquillement, Sans changer de gouvernement.
Vous attendez le jugement I...
Et s'il faut, comme je suppose.
Une morale à cette glose.
Je vais ajouter une chose :
C'est qu'en dépit des prospectus De tous nos savants, les foetus Ne sont pas des gens mal f....,
Poèmes mobiles. B. Vanier-Messein.
l'expulsion
On n'en finira donc jamais
Avec tous ces n. d. D. de princes?
Faudrait qu'on les expulserait,
Et 1' sang du peup' il crie vingince!
Pourquoi qu'ils ont des trains royaux?
Qu'ils éclabouss' avec leur lusque
Les conseillers municipaux
Qui peut pas s' payer des bell' frusques?
D'ahord les d'Orléans pourquoi Qu'ils marient pas ses filles en France Avec un bon vieux zig' comme moi, Au lieur du citoyen Bragance?
Ousqu'elle est leur fraternité ?
C'est des mufl' sans délicatesse.
On leur donn' l'hospitalité, Qu'ils nous f... au moins leurs gonzesses
Bragance on 1' connaît c't oiseau-là, Faut-il qu' son orgueil soye profonde 1 Pour s'étr' f... un nom comm' ça.
Peut-donc pas s'app'ler comm' tout 1' monde? Pourquoi qu'il nag' dans les millions.
Quand nous aut' nous sont dans la dèche? Faut qu'on l'expulse aussi... mais non, Il est en Espagne, y a pas mèche 1
Ensuite, y a les Napoléons Qui fait des rêves despotiques.
Il coll' des affich' aux maisons Pour embêter la République.
Plomplon, si tu réclam' encor, On va t' faire passer la frontière, Faut pas rater non plus Victor, Il est plus canailP que son père I
Moi, j' vas vous dire la vérité :
Les princ' il est capitalisse.
Et r travailleur est exploité.
C'est ça la mort du socialisse!
Ah ! si on écoutait Basly,
On confisquerait leur galette.
Avec quoi qu' l'anarchisse aussi
Il pourrait s' flanquer des noc' chouettes I
Les princ', c'est pas tout : plus d' curés, Plus de gendarmes ni d' mélétaires !
Plus d' richards à lambris dorés, Qui boit la sueur des prolétaires!
Qu'on expulse aussi Léon Say Pour que 1' mineur il s'affranchisse.
Enfin que tout 1' monde soye expulsé.
Il rest'ra plus qu' les anarchisses!
Poèmes incongrus, L. Vanier-Messein,