‹ Anthologie des poètes du Divan. Avec une introductionChapitre 29 sur 86 · IV. CORPS A CORPS · texte numérisé non relu

IV. CORPS A CORPS

Opiniâtrement luttent en moi la Forme Et la Pensée, ainsi que deux forces énormes Projetées dans mon front de l'un et l'autre bouts Du chœur universel des dieux toujours debout I Je les sens : elles sont le marteau et l'enclume ; Le bûcher que la flamme même qui l'allume.

Consume ; le torrent qui se mesure au roc,

Qui, sur soi-même ramassé, soutient le choc

Continuel et la perpétuelle masse

De la fonte éperdue d'inaccessibles glaces ;

Et les deux parts du ciel brandies par l'ouragan.

Noires, courantes, précipitées l'une dans

L'autre, au bruit formidable et cassant du tonnerre !

Non, mes vers ne sont point parfaits, mais la lumière Et les ténèbres tour à tour jaillissent d'eux Comme d'un incendie la fumée ^et le feu I Hélas 1 mes vers n'ont rien de pur ni d'impassible : L'astre qui les sillonne et l'éclair qui les crible Jettent sur leurs fronts blancs de farouches lueurs Qui font briller, parmi leurs lauriers, la sueur Des combattants, le sang des vainqueurs et les larmes Des vaincus descendant de leurs joues sur leurs armes Brisées, car tout un peuple est en proie dans mes vers Au désespoir de ne point survivre à ma chair 1

Et pourtant je voudrais d'une ardeur insensée, Je voudrais qu'une fois ma Forme et ma Pensée Connussent cet instant de suprême beauté Où, corps à corps, le soir du sac d'une cité. Deux amants ennemis, nus et tordus de haine, Dans le déchaînement de leur rage inhumaine Par le plaisir aux rets l'un de l'autre surpris, Etouffent d'un brusque baiser un même cri !

(Sous le. vocable du chêne.)

HENRI DUCLOS Né à Limoux en 1902.

Collaboration poétique au Divan : n» 77, mars 1922.

POÈME

Les lauriers sont coupés et les roses aussi, L'amour n'est que fumée et la gloire que cendre. Si je rêve toujours d'un jardin vieux et tendre C'est pour mon cœur transi.

La menthe et le tilleul donneront leurs tisanes, Juillet la passerose, octobre les citrons ; Alors je goûterai le parfum des saisons Et les fleurs paysannes.

Puis dans le verger clair où jaunissent les coings Vers les prés que le froid rend à la solitude, Je vais pour satisfaire une douce habitude Sentir les derniers foins.

Si quelque ancienne amour veut une sérénade Ma flûte chantera le désir de l'oubli.

Et je consacrerai sur l'autel démoli Du miel, une grenade.

Celui qui n'a senti par sa terre natale Darder sur un gerbier le soleil méridien Ni dans le peuplier qu'on nomme carolin Entendu crisser la cigale,

Ignore ce qu'un champ de notre Languedoc Peut avoir de grandeur et de mélancolie Quand le Cers, vent du Nord, rase le sol et plie Un fenouil épargné du soc.

Quand les foins sont coupés et les vignes heureuses, Quand l'air est habité par des milliers d'essaims Et que luttent aussi les ruches des jardins Avec le fredon des batteuses.'

La Pinde a moins de charme et THymette de miel Que tes coteaux, rousse Magrie,

Et ton ruisseau qui prend la pureté du ciel Est ma fontaine Gastalie.

Sur le sol de lavande et rarement foulé

J'enivre une Muse sévère Tandis qu'une poussière d'or monte de l'aire

Où les hommes battent le blé.

Le clocher de Magrie est une leçon brève

D'adorable réalité ; Je veux pour mieux comprendre et chérir la beauté,

A la Saint- Jean brûler mon rêve.

JACQUES DYSSORD

Edouard de Bellaing, en littérature Jacques Dyssord, né à Oloron (Basses-Pyrénées) le 4 janvier 1880,

Collaboration poétique au Divan : n° 91, juillet-août

Bibliographie : Le Dernier chant de V Intermezzo. Grasset, 1909. — A paraître : La Paroisse du Moulin- Rouge. Albin Michel. — La Confrérie de la dernière heure. « Le Monde Nouveau ». ■ — On frappe à la porte, poèmes.

A consulter : Les Veillées du lapin agile. L'Edition Française illustrée, 1919. — L'Ami du lettré. Grès, 1923.

Page 1