‹ Anthologie des poètes français du XIXème siècleChapitre 100 sur 131 · EMILE BLÉMONT · texte numérisé non relu

EMILE BLÉMONT

Je n'ai plus souci d'autre chose Que de baigner mon âme encor Dans leurs chers sourires de rose, Dans leurs regards de ciel et d'or,

En écoutant les chœurs fidèles Des étoiles du firmament Dans l'espace immense, autour d'elles, Graviter éternellement.

(Portraits sans modèles)

L'ESCc4LIET{ VE Jz4VE

La pleine lune luit sur la terre apaisée. Dans la sérénité de la blanche splendeur, L'Impératrice rêve, et monte avec lenteur Son escalier de jade où brille la rosée.

Sa robe de satin traîne, et, très doucement, Effleure chaque marche en longs baisers qui tremblent Le jade et le léger satin blanc se ressemblent. — L'Impératrice rentre en son appartement.

Le clair de lune en son appartement pénètre; Eblouie, elle reste immobile un instant; Les perles de cristal du long rideau flottant Scintillent, aux rayons qui baignent la fenêtre.

Une réunion de diamants frileux Semblent s'y disputer la clarté sous les voiles; Et l'on croit voir tourner une ronde d'étoiles Sur le parquet limpide aux miroitements bleus.

(Poèmes de Chine)

376 ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

CO&dTEWPLviTIO&C

L'azur mouillé, le vent l'essuie; Le vent qui vient du mont Ki-Chan, Lavant le ciel, puis le séchant, Apporte et remporte la pluie.

Le soleil descend, radieux, Sur la montagne occidentale, Tandis qu'au sud la plaine étale Ses champs plus verts et plus joyeux.

J'arrive à la demeure sainte; J'y reçois le touchant accueil D'un bon vieux prêtre, sur le seuil D'une mystérieuse enceinte.

Alors, loin de ce monde obscur, Mon âme, montant vers les cimes, Se retrempe aux sources sublimes Que ne ride aucun souffle impur.

Unis dans la même pensée, Mon hôte et moi, nous épuisons Les mots humains. Nous nous taisons, La parole humaine épuisée.

L'oiseau chante, l'arbre est en fleurs, L'air est plein de douceur divine :

Je sens, je comprends, je devine.

Tous les rayons et tous les pleurs.

(Poèmes de Chine)

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