‹ Anthologie des poètes français du XIXème siècleChapitre 99 sur 131 · EMILE BLÉMONT · texte numérisé non relu

EMILE BLÉMONT

Janvier de diamants ruisselle; Et Février, en jupons courts, Luit et fuit comme une étincelle, Derrière son loup de velours.

Mars, de violettes coiffée, Semble la Belle au bois dormant Que vient, dans le conte de fée, D'éveiller le Prince Charmant.

Svelte, vive, un peu verte encore, La jeune demoiselle Avril Entr'ouvre ses lèvres d'aurore Sous son blanc chapeau de grésil.

iMai porte la rose vermeille Et le muguet aux frais grelots 5 Juin rit, la cerise à l'oreille; Juillet perd ses coquelicots.

Août, dont le regard bleu scintille Parmi l'or du blé mûrissant, Pour couronne a pris sa faucille, Comme Diane son croissant.

Septembre est la libre Bacchante

Aux grands yeux chauds, couleur du soir;

.Et sur sa gorge provocante

Sautent des grains de raisin noir.

Près d'Octobre, âpre chasseresse Dont le vent tord les cheveux roux, .Novembre a l'air d'une prêtresse -Regrettant le mystique époux;

374 ANTHOLOGIE DU XTXe SIÈCLE.

Et, non sans un coquet manège, Décembre songeuse les suit, Qui poudre de flocons de neige Ses bandeaux bruns comme la nuit.

— A travers la brise ou la bise, Sous la pluie et sous le soleil, Avec une harmonie exquise, Toutes lèvent leur fin orteil.

Je suis entraîné dans la ronde; Je les vois passer tour à tour, Sans savoir, âme vagabonde, Quelle est la plus digne d'amour.

Je voudrais ravir la plus- belle, Suivre mon rêve dans ses bras; Mais chacune s'enfuit, rebelle, En riant de mon embarras.

Soudain, parfois, mon front se plisse N'ai-je pas vu là-bas, béant, Au bout de la pente où je glisse, Un gouffre d'ombre et de néant?

Je leur dis alors : « O Déesses, Où donc ainsi m'entraînez-vous? »• Mais leurs yeux ont tant de caresses,.

Mais leurs sourires sont si doux,

Qu'oubliant tout, ma lassitude,.

Leur folie ou leur fausseté, L'herbe glissante, le sol rude,.

L'abîme où je suis emporté,

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