TRIOLETS
DE la Seine au Mançanarès Les vrais riches sont les Orphées.
Notre nectar vaut le xérès De la Seine au Mançanarès.
Nous avons pour faire florès Des rentes au pays des fées.
De la Seine au Mançanarès Les vrais riches sont les Orphées.
Nous avons beaucoup d'actions Dans le soleil et dans la lune.
Au crédit des illusions Nous avons beaucoup d'actions; Dividendes de visions...
C'est bien encore une fortune, Nous avons beaucoup d'actions Dans le soleil et dans la lune.
Le rêve est notre seul banquier :
Notre bourse, c'est la campagne Ou la grève de Villequier; Le rêve est notre seul banquier,
^83 ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE
Et notre avoir tient tout entier Sur les fameux châteaux d'Espagne.
Le rêve est notre seul banquier :
Notre bourse, c'est la campagne.
Nous tenons deux bons intendants,
Le caprice et la fantaisie.
Toute pomme s'offre à nos dents.
Nous tenons deux bons intendants,
Ils ouvrent à nos yeux ardents
La mine de la poésie.
Nous tenons deux bons intendants,
Le caprice et la fantaisie.
Nos intérêts sont bien payés Quand nous plaçons de la tendresse.
Pauvres cœurs trop vite effrayés, Nos intérêts sont bien payés Dans les parcs aux sentiers frayés Par quelque brune chasseresse.
Nos intérêts sont bien payés Quand nous plaçons de la tendresse.
S'il connaissait notre bonheur, Rothschild jalouserait Lazare Drapé dans son fantasque honneur, S'il connaissait notre bonheur !
La Muse nous dit : « Monseigneur! »
Nous passons fiers comme Pizarre.
S'il connaissait notre bonheur, Rothschild jalouserait Lazare !
(Poésies Parisiennes)