‹ Anthologie des poètes français du XIXème siècleChapitre 121 sur 131 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

C'est l'heure où la Nuit sombre a déployé ses voiles, Où dans les cieux déserts s'allument les étoiles, Où l'enfant au berceau s'endort frais et vermeil. La plaine au loin s'étend couverte de ténèbres; On y voit vaguement quelques mares funèbres Qui demain reluiront, rouges, au grand soleil. Là vient de se gagner une victoire infâme, Et le sol est jonché de mille corps sans âme Que l'on croirait plongés dans un profond sommeil.

Ce sont les restes froids d'hommes qui furent braves.

Rome les façonnait au dur métier d'esclaves,

Et les tenait courbés sous la loi du plus fort.

Mille bras indignés brisèrent mille chaînes,

Et, mettant en faisceau toutes leurs vieilles haines,

On les vit, lance au poing, faire un viril effort.

— C'est pour cela qu'ils sont couchés sous l'herbe verte,

Et qu'ils sentent passer sur leur bouche entrouverte

Le baiser glacial des lèvres de la More.

Mais ce bruit?... C'est l'un d'eux. Sa tête se redresse

Et du vent de la nuit savoure la caresse;

Il se lève à demi, sur son coude appuyé.

Un vieil anneau brisé pend à sa main peu sûre,

Qui veut en vain fermer une large blessure,

Humide encor du sang dont le sol est noyé.

Son front est d'un vainqueur, et non d'une victime.

On reconnaît le chef à cet air si sublime,

Qu'à le voir on dirait un géant foudroyé.

JACQJJ ES RICHARD. 43 j*

C'est lui, c'est Spartacus! Pâle et grave statue.

Il est là, sous le ciel, triste, l'âme abattue,

Mais debout. — Un rocher soutient ses membres las.

Hier, il était fort; hier, il était libre;

Hier, Rome, à son nom, tremblait aux bords du Tibre;

Ses soldats l'acclamaient, — et maintenant, hélas!...

Maintenant ils sont morts, et sa main enchaînée

Semble maudire encor l'aveugle destinée

Qui pouvait le sauver, et ne le voulut pas.

cAV\lL

Oh ! le doux mois d'avril, le mois des gais murmures Que dans les grands bois verts font les petits oiseaux; Le mois où l'herbe pousse, où les fraises sont mûres, Où le pré fleuri cause avec les clairs ruisseaux.

Le mois qui fait rêver la pâle fiancée, Lorsqu'elle vient, pensive, à son balcon s'asseoir; Un chant voltige alors sur sa lèvre oppressée, Triste comme un soupir et doux comme un espoir.

Le mois qui fait trembler les belles amoureuses, Lorsqu'au jardin, dans l'ombre, elles s'en vont sans bruit; Lorsqu'elles ont baissé leurs paupières peureuses Qui laissent voir encor deux astres dans la nuit.

Oh! le mois des lilas, des fleurs fraîches écloscs, Des rossignols plaintifs et des merles moqueurs; Le mois, le mois paisible où s'entr'ouvrent les roses, Le mois, le mois charmant où s'entr'ouvrent les cœurs.

4^6 ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

Oh! le mois des doux vers! oh! le mois des églogues, Où les amants pensifs vont les bras enlacés; Le mois des chants joyeux, des tendres dialogues; Oh ! le mois des amants ! oh ! le mois des baisers !

Le mois où l'air est plein de senteurs parfumées; Où dans les bras de Dieu la nature s'endort, Tandis qu'au souffle ardent des brises embaumées Chaque fleur en son sein berce un insecte d'or.

L'amour, c'est le printemps! En moi, chaste mystère, L'hiver n'existe plus, le printemps est vainqueur. Décembre peut flétrir et dépouiller la terre, Avril, le doux Avril, règne seul en mon cœur!

i^pwf É en 184.1 à 'Bordeaux , Léon Valade était fils et frère d'hommes qui ont rendu de grands services dans renseignement des sourds-muets . Après avoir fait ses études au Lycée Louis-le- Grand, il devint secrétaire de Victor Cousin, mais se lassa vite de cette position. Il entra jeune dans les bureaux de ï Hôtel de Ville, où il resta jusqu'à sa mort; il y avait trouvé la bouchée de pain qui permet de vivre pour fart, le rêve et Vidée.

Un recueil de sonnets Avril, Mai, Juin Ç1863) est ï œuvre commune et le début commun de Léon Valade et £ (Albert zMérat, avec lequel il donna également une traduction de /Intermezzo. C'était un brillant début, mais sa personnalité poétique se montre tout à fait formée dans le recueil suivant dont le titre A Mi-Côte (1874.) le caractérise si bien, comme dans les pièces parues seulement dans divers journaux ou revues et tant appréciées des délicats.

Léon Valade n'a été, de son vivant, jugé à toute sa valeur que par un groupe restreint d'amis et de lettrés. Il ri a jamais cherché la renommée: on pourrait presque dire qu'il l'a fuie; et peut-être cependant, tel qui a fait tout d'abord un gros tapage autour de son nom laissera-t-il après lui beaucoup moins que ce poète. Il a enfermé, d'une main singulièrement délicate, des sentiments exquis dans des vers achevés : il faut autre chose dans le bruit du moment, mais cela suffit pour rester.

43 S ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

Les œuvres de Léon T) al ad e forment deux volumes publics par cA. Lemerre. Le premier renferme Avril, Mai, Juin et A Mi-Côte, et le second les poésies éparses jusquici, et réunies là pour la première fois.

Camille Pllletax.

C^ULT VE TqA\IS

Le ciel des nuits d'été fait à Paris dormant Un dais de velours bleu piqué de blanches nues, Et les aspects nouveaux des ruelles connues Flottent dans un magique et pâle enchantement.

L'angle, plus effilé, des noires avenues, Invite le regard, lointain vague et charmant. Les derniers Philistins, qui marchent pesamment, Ont fait trêve aux éclats de leurs voix saugrenues.

Les yeux d'or de la Nuit, par eux effarouchés,

Brillent mieux, à présent que les voilà couchés...

— C'est l'heure unique et douce où vaguent, de fortune,

Glissant d'un pas léger sur le pavé chanceux, Les poètes, les fous, les buveurs, — et tous ceux Dont le cerveau fêlé loge un rayon de lune.

(A Mi-Côle)

qAU LEVE\

Charmante, les yeux bruns de mollesse baignés, Dans le désordre exquis des cheveux non peignés, Jeune fille déjà, l'air d'une enfant encore (Grâce double! qui tient de l'aube et de l'aurore),

Elle est là, se croyant toute seule... Elle a pris, Dans le frisson neigeux de la poudre de riz, Une houppe de cygne, et, dormeuse encor lasse, Sur la pointe des pieds se hausse vers la glace Par un effort qui la cambre légèrement, Pose coquette : ainsi le divin gonflement Du souffle accuse mieux la naissante poitrine, En même temps que bat l'aile de la narine, Et que les cils pressés palpitent sur les yeux. Attentive, elle tend sa peau d'un grain soyeux Qu'effleure le duvet doux comme une caresse, Et se dépite à voir que toujours transparaisse Le sang jeune, par qui son teint reste vermeil, De la carnation récente du sommeil; Car elle a beau poudrer sa joue ardente et fraîche, Où, dans le rose, pointe une rougeur de pêche, Toujours ce vilain rose et ce rouge insolent Triomphent...

O Morale, aïeule au chef branlant!

O duègne, qu'en secret la mode farde et grime, Ne t'indigne pas trop (bien que ce soit un crime D'opprimer sous l'hiver le printemps rose et nu), Ne t'indigne pas trop de ce crime ingénu. Si naïve, l'erreur peut être pardonnée.

Songe qu'Avril aussi, jeunesse de l'année, Parfois s'éveille avec un caprice pareil, Et fait, à la surprise extrême du soleil, Sur les rouges bourgeons, drus et pressés de vivre, Scintiller la blancheur délicate du givre.

(A Mi-Côte)

44° ANTHOLOGIE D *J XIXe SIÈCLE.

Lc4 McA\GUET{I7E

Les amoureux (qui n'est naïf, aimant?) Ont cet usage, observé comme un rite, D'aller aux prés cueillir la marguerite Pour s'assurer qu'on les aime, et comment.

Chaque pétale a sa réponse écrite :

Un peu, beaucoup, ou passionnément, Ou pas du tout... Et leur vague tourment Du mot final s'adoucit ou s'irrite.

Si l'amour, fait de joie ou de douleur, Dit son secret, c'est dans toute la fleur Plutôt qu'en l'un ou l'autre des pétales :

Car tout, l'oubli comme le souvenir,

La langueur tendre et les hauteurs fatales,

Au cœur aimé tout cela peut tenir.

(A Mi-C6te)

LE %ETOS

Hors du wagon poudreux, pour aspirer l'air pur, Parfois un voyageur se penche à la portière Et soudain se retire, apercevant le mur Bas et crépi qui garde un étroit cimetière;

LÉONVALADE. 44 1

Un étroit cimetière où l'on sent que les morts Sont au large, couchés sous les croix espacées, Et dont les verts cyprès mettent comme un remords Dans la sérénité molle de ses pensées...

Cet aspect grave, au lieu des gais tableaux mouvants Que cherchait son regard, le gêne. Chose impie, Que, pour tracer plus droit leur route, les vivants S'en viennent côtoyer cette foule assoupie!

Mais l'ardent tourbillon de poussière et de bruit Ne réveille pas un de ces dormeurs; il passe. Leur immobilité fait songer et poursuit Ceux qu'une fuite aveugle emporte dans l'espace.

Le grand repos des morts dit aux voyageurs las : « Frères impatients, pourquoi courir si vite? « Sans tant de hâte vaine et de fatigue, hélas! « N'arriverez-vous pas au but que nui n'évite?

« Que le Destin vous tue en route, ou qu'à vos grés « Il vous laisse vaguer d'un bout du monde à l'autre, « La place importe peu! bientôt vous dormirez, « Comme nous, d'un sommeil aussi lourd que le nôtre. »

Et lui, le voyageur, pourrait dire à son tour :

« Sédentaires amis, certes, je vous envie

« Pour n'avoir pas connu l'amer et vain séjour

« Des villes, dans la mort non plus que dans la vie.

« Quand nos yeux seront clos et rompus nos genoux « A force de souffrir et de lutter sans trêves, « Qui sait si seulement notre sommeil, à nous, « Ne sera pas fiévreux et plein de mauvais rêves?

4P ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

« Et de même que dans nos faubourgs populeux « Nous allons, coudoyés par la foule des rues, « Nous subirons encore, à l'ombre des ifs bleus, « La promiscuité funèbre des cohues;

« Tandis que vous avez chacun, sûrs d'y rester, « Six pieds de terre au moins d'où nul ne vous évince, « O vous dont le sommeil profond semble ajouter « A la paix du tombeau la paix de la province! »

(A Mi-Côte)

&flS*ÇIc4TUl{E

C'est parce qu'elle était petite Et charmante fragilement, Qu'elle m'eut encore plus vite Pour esclave que pour amant.

C'est que j'étais si grand pour elle, Qu'abrégeant l'espace entre nous, Mon attitude naturelle Etait de vivre à ses genoux.

C'est qu'amoureux de sa faiblesse, J'aimais à prendre dans mes mains Ses petits pieds que marcher blesse, N'étant pas faits pour nos chemins.

C'est qu'en mes bras serrant sans peine Celle que je nommais mon bien, J'avais, plus facile et plus pleine, L'illusion qu'il était mien...

— Et c'est aussi que son caprice Mettait tant de flamme à ses yeux, Qu'il fallait bien que je le prisse Ainsi qu'un ordre impérieux.

C'est qu'à la fois enfant et femme, Orgueilleuse sous ses dehors Si frêles ! elle avait dans l'âme L'indomptable fierté des forts.

C'était, du bout de la bottine Jusqu'à la pointe des cheveux, Une nature exquise et fine, Un corps délicat et nerveux :

Frêle instrument, dont la paresse S'éveillait dès qu'on y touchait Et vibrait sous une caresse Comme un violon sous l'archet.

Passagère et mignonne hôtesse !

D'où vient qu'elle semble tenir, Du seul droit de sa petitesse, Tant de place en mon souvenir ?

444 ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

Dans l'ampleur folle des toilettes Lourdes à dessein, elle avait L ebouriffement des fauvettes Frileuses sous le chaud duvet.

Le froissement doux des étoffes Lui seyait, et s'abattait sur Ses petits pas, avec des strophes D'un rythme nonchalant et sûr.

Elle le savait, l'ingénue, Et qu'une influence des cieux L'avait formée exprès menue, Comme tout joyau précieux.

Son élégance était de race, Pure comme l'or du creuset; Et le dernier mot de la grâce, Sa taille souple le disait.

Un instinct de molles postures Sans fin la faisait ondoyer :

Car dans les moindres créatures La vie a son plus chaud foyer.

Et son cœur aussi battait vite !

Et dans un ardent tourbillon Son esprit que tout rêve invite, Noir d'une ombre, gai d'un rayon,

Allait d'un vol où ma pensée Ivre contagieusement La suivait, parfois distancée Et fidèle non sans tourment.

Réminiscences mal bannies !

O chers prestiges regrettés, Faits de nuances infinies, Pleins de saveurs et d acretés !

Douceur étrange des voix grêles, Faiblesses au charme vainqueur, Réseau puissant de mailles frêles Où pour jamais se prend un cœur !

Morte, absente, ou bien infidèle, Qu'importe ! rien ne peut ternir L'exquise miniature d'elle Que mon âme a su retenir;

Et le regret en moi tressaille, Nul amour nouveau n'étouffant L'ancien rêve, fait à la taille D'une petite et blonde enfant.

(A Mi-Côlc)

CHARLES FREMINE

HARLES F r É M I N E 3 ne à Ville dieu (zManche) le 3 mai 18+1 ,

l^W^i| a publié deux volumes de poésies intitulés: Floréal (1870) et Zè^s^d^. Vieux Airs et Jeunes Chansons fi88j.J.

cïïf. cAuguste Vacquerie a dit de £M. Charles Frémine : « C'est un poète et un vrai. Ses vers sont pris sur le vif de la vie et de la nature, vécus et vus. Ils ont la chaleur pénétrante de la sincérité. Par moments, il semble quon se promène sous des pommiers en fleurs et au une brise tiède fait pleuvoir sur nous ce que Victor Hugo a si admirablement appelé « la neige odorante du printemps. »

cA cette juste appréciation il faut joindre celle ditn autre poète, zM. zMaurice 'Bouchor, qui s'exprime ainsi: « Il y a un grand charme dans le livre de zM. Charles Frémine, la note y est juste, le paysage vu et rendu avec une émotion délicate. T)e jolis profils de femmes traversent ces pages oh T auteur a su traduire les fraîches impressions de la jeunesse en ouvrier consciencieux et habile. Le style est simple, et ï image, toute naturelle, a souvent la saveur de ï imprévu. »

Les poésies de zM. Charles Frémine se trouvent che\ cA. Lemerre.

CHARLES FRÉMI NE. a An

T{ETOU\

Je viens de faire un grand voyage Qui sur l'atlas n'est point tracé Pays perdu ! dont le mirage Derrière moi s'est effacé.

Le cap noir de la quarantaine Met son ombre sur mon bateau Couvert d'écume et qui fait eau, Mais dont je suis le capitaine.

Ai- je bien ou mal gouverné?

Encor n'ai-je point fait naufrage :

Sur maint bas-fond si j'ai donné, J'ai vu de haut gronder l'orage.

Enfin, me voilà de retour Du beau pays de l'Espérance, Si vaste, au moins en apparence, Et dont si vite on fait le tour.

C'est fini ! Ma riche bannière Et ma voilure sont à bas!

Plus de fleurs à ma boutonnière, Et plus de femmes à mon bras!

Vieillir! C'est la grande défaite, C'est la laideur et c'est l'affront, C'est plus de rides à mon front Et moins de cheveux à ma tête.

ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

Oui, c'est la chose, et c'est mon tour. O temps où bouillonnaient les sèves, Où mes seuls dieux, l'Art et l'Amour, Traversaient l'orgueil de mes rêves !

D'avoir suivi leur vol vainqueur, Je n'ai rapporté, pour ma peine, Qu'un tout petit brin de verveine Avec un grand trou noir au cœur;

Et seul, au coin de la fenêtre Où j'accoude mes longs ennuis, Sachant ce que je pourrais être, Je pleure sur ce que je suis.

LES TOéMéMIE%S

Ou a n d les récoltes sont rentrées Et que l'hiver est revenu, Des arbres, en files serrées, Se déroulent sur le sol nu; Ils n'ont pas le port droit des ormes, Ni des chênes les hauts cimiers ; Ils sont trapus, noirs et difformes :

Pourtant qu'ils sont beaux mes pommiers!

Leurs rangs épais couvrent la plaine Et la vallée et les plateaux; En droite ligne et d'une haleine Ils escaladent les coteaux;

CHARLES FRËMINE. 449

Tout leur est bon, le pré, la lande; Mais s'il faut du sable aux palmiers, Il faut de la terre normande A la racine des pommiers !

Quand Mai sur leur tête arrondie

Pose une couronne de fleurs,

Les filles de la Normandie

N'ont pas de plus fraîches couleurs;

Leurs floraisons roses et blanches

Sont la gloire de nos fermiers :

Heureux qui peut voir sous leurs branches

Crouler la neige des pommiers!

Les matinales tourterelles

Chantent dans leurs rameaux touffus,

Et les geais y font des querelles

Aux piverts logés dans leurs fûts;

Les grives s'y montrent très dignes

Et tendres comme des ramiers;

Elles se grisent dans les vignes,

Mais font leurs nids dans les pommiers !

L'automne vient qui les effeuille ;

Les pommiers ont besoin d'appuis,

Et leurs longs bras, pour qu'on les cueille,

Jusqu'à terre inclinent leurs fruits;

Eve fut prise à leur caresse;

Ils la tentèrent les premiers:

Gloire à la grande pécheresse!

L'Amour est né sous les pommiers!

4fO ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

Leurs fleurs, leurs oiseaux, leurs murmures Ont enchanté mes premiers jours, Et j'ai, plus tard, sous leurs ramures, Mené mes premières amours.

Que l'on y porte aussi ma bière ; Et mon corps, sans draps ni sommiers, Dans un coin du vieux cimetière Dormira bien sous les pommiers!

LE THcA%E

Po u R un poète errant que l'avenir effare Et qui songe à finir ses jours dans un couvent, Pour un rêveur, quel rêve! être gardien d'un phare, Vivre sur un écueil, dans l'écume et le vent.

Loin des villes de plâtre où l'ennui me talonne, Loger dans une tour de granit et de fer, Être, comme un héros, l'hôte d'une colonne, Et la nuit, comme un astre, illuminer la mer.

Au lieu des bois, des champs, des cités, des visages, Dont l'âge et les saisons altèrent le tableau, Contempler à loisir d'éternels paysages A jamais composés de ciel, de pierre et d'eau.

Tourner le dos au monde, et hors de ma poitrine Chasser tout ce qui fut ma haine ou mon amour 5 N'avoir d'autre horizon que la houle marine, N'avoir d'autre souci que la couleur du jour.

Page 1