‹ Anthologie des poètes français du XIXème siècleChapitre 126 sur 131 · VILLIERS DE LISLE-ADAM · texte numérisé non relu

VILLIERS DE LISLE-ADAM

« Je sens que c'est mon sort même dans le trépas :

« Et, soucieux encor des regrets ou des fêtes,

« Si les morts vont chercher leurs fleurs dans les tempêtes,

« Moi je reposerai, ne les comprenant pas. »

Je saluai les croix lumineuses et pâles. L'étendue annonçait l'aurore, et je me pris A dire, pour calmer ses ténébreux esprits, Que le vent du remords battait de ses rafales,

Et pendant que la mer déserte se gonflait :

— « Au bal vous n'aviez pas de ces mélancolies, « Et les sons de cristal de vos phrases polies

« Charmaient le serpent d'or de votre bracelet.

« Rieuse et respirant une touffe de roses

« Sous vos lourds cheveux bruns mêlés de diamants,

rt Quand la valse nous prit, tous deux, quelques moments,

« Vous eûtes, en ces yeux, des lueurs moins moroses?

g J'étais heureux de voir sous le plaisir vermeil

« Se ranimer votre âme à l'oubli toute prête,

« Et s'éclairer enfin votre douleur distraite,

« Comme un glacier frappé d'un rayon de soleil. »

Elle laissa briller sur moi ses yeux funèbres, Et la pâleur des morts ornait ses traits fatals :

— « Selon vous, je ressemble aux pays boréals, « J'ai six mois de clartés et six mois de ténèbres?

« A quels mondains semblants sommes-nous condamnés ?

« Juge mieux du souci qu'ils empêchent de lire...

« Aime-moi, toi qui sais que, sous un clair sourire,

« Je suis pareille à ces tombeaux abandonnés. »

4yS ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE

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