‹ Anthologie des poètes français du XIXème siècleChapitre 49 sur 131 · HENRI DE B0RN1ER · texte numérisé non relu

HENRI DE B0RN1ER

Roland eut Durandal, Charlemagne a Joyeuse, Sœurs jumelles de gloire, héroïnes d'acier En qui vivait du fer l'âme mystérieuse, Que pour son œuvre Dieu voulut s'associer

Toutes les deux dans les mêlées Entraient, jetant leur rude éclair, Et les bannières étoilées Les suivaient en flottant dans l'air!

Quand elles faisaient leur ouvrage, L'étranger frémissait de rage, Sarrazins, Saxons ou Danois, Tourbe hurlante et carnassière, Tombaient dans la rouge poussière De ces formidables tournois!

Durandal a conquis l'Espagne; Joyeuse a dompté le Lombard; Chacune à sa noble compagne Pouvait dire : « Voici ma part ! »

Toutes les deux ont, par le monde, Suivi, chassé le crime immonde, Vaincu les païens en tout lieu; Après mille et mille batailles, Aucune d'elles n'a d'entailles, Pas plus que le glaive de Dieu!

Hélas! la même fin ne leur est pas donnée: Joyeuse est fière et libre après tant de combats, Et quand Roland périt dans la sombre journée, Durandal des païens fut captive là-bas!

ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

Elle esc captive encore, et la France la pleure ; Mais le sort différent laisse l'honneur égal, Et la France, attendant quelque chance meilleure. Aime du même amour Joyeuse et Durandal!

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