VALÉRY VERNIE R
On ne Jui parle pas : c'est comme une statue Qu'à voir au même lieu le regard s'habitue. Lui, ne dit rien non plus; son immobilité Semble, dans son malheur, un reste de fierté; Et c'est ce qui le fait respecter au village. Chez le docteur on l'aime : il sert au paysage. Donc, en ce lieu paisible, on n'entend jamais rien Que le cri du berger qui gourmande son chien; Seulement, par instants, une voix qui querelle, Un bruit de chariots et de chevaux rappelle Qu'à cent pas environ, derrière des taillis, Passe en se repliant la route de Paris.
Entrez : la vieille grille est constamment ouverte,
Et le pauvre Je sait : une corbeille verte,
Où des rosiers de Chine en tout temps sont fleuris,
Au milieu de la cour pare le pavé gris.
A gauche, est un hangar où serpente une vigne;
A droite, l'écurie où, d'un air calme et digne,
La Grise, c'est le nom de la bonne jument,
Tourne la tête au bruit que l'on fait en passant.
Devant vous, la maison, façade régulière Que précède un perron à balustrcs de pierre. Au-dessus de la porte était un écusson, Qu'insulta récemment le marteau du maçon, Quoique cette maison, de mœurs hospitalières, Eût porté dignement ces traces nobiliaires.
Le perron, où souvent l'on déjeune à midi, S'ombrage d'un auvent en coupole arrondi.
Montez les six degrés en granit bleu de Flandre. Poussez la porte : on vient, car on ne fait attendre
2IO ANTHOLOGIE DU XIXe SIECLE.
Ici personne. Alors, dans ce gai corridor, D'où l'on voie le jardin, et loin, bien loin encor, La campagne, les bois et la belle lumière, Si c'est en ce moment Aline la première Qui s'offre et vous reçoit, votre cœur enchanté Saluera ce palais de l'hospitalité.
(Aline)