‹ Anthologie des poètes français du XIXème siècleChapitre 56 sur 131 · MARC M O N N I E R · texte numérisé non relu

MARC M O N N I E R

arc M o N N I F. R, né à Florence , d'un père français et d'une mère genevoise, a beaucoup écrit dans divers genres et toujours montre du savoir et de T esprit. Les Comédies de Marionnettes lui assurent parmi les poètes satyriques un rang fort distingué. Tersonne n'a le trait plus gaulois que éM. SMarc zMonnier. C'est que nul non plus ne s'est nourri, comme lui, des grands maîtres du xvi ime et surtout du xvime siècles. Tas de clinquant, ni de faux métal dans ses poèmes : cela sonne juste et ferme. On trouve ces qualités dans son œuvre, soit qu'il se livre à son goût particulier pour le rire, soit qu'il s'abandonne à des inspirations plus douces et quelquefois même à une certaine mélancolie.

éM. zMarc zMonnier a donné en outre comme poésies : Récits et Monologues, et comme prose : Nouvelles napolitaines. Ses œuvres se trouvent che\ c4. Lemerre.

E. Ledrain.

LE TKJOSWTHE

Les buissons déjà frais, la forêt déjà sombre 1 Ecartent les rayons du soleil qui s'enfuit, Et la montagne, au loin faisant planer son ombre, Dans la. plaine à ses pieds a commencé la nuit.

212 ANTHOLOGIE DU XIXe SIECLE.

Deux grands chênes, courbés sous le poids des rafales, Par-dessus le chemin croisant leurs bras tendus, Font une arcade auguste aux voûtes triomphales, Comme pour accueillir des vainqueurs attendus.

Les vainqueurs vont venir. Du coteau qui poudroie Descend et se rapproche un long bourdonnement, Un cliquetis de fer, une clameur de joie... Et le char de triomphe avance lentement.

Mais ces cris sont vos chants, jeunes gens, jeunes filles, Qui, joyeux et lassés, revenez des moissons; Mais ce fer est celui des faux et des faucilles, Dont les coups n'ont jamais dépeuplé nos maisons;

Mais ce char, soulevant des montagnes de gerbes, Roule au pas lourd des bœufs et remplit le chemin : Il couvre d'épis mûrs les buissons et les herbes, Où les oiseaux des bois viendront glaner demain;

Il passe en triomphant sous les bras des vieux chênes, Et les cris de victoire éclatent à pleins chœurs... Paix à nos champs féconds dans les saisons prochaines, Et qu'ils n'aient à fêter jamais d'autres vainqueurs!

FRANCIS PITTIE 1829-1886

l gênerai Francis Tittié, chef de la maison militaire du Trésident de la "République française, est né dans la C^Çièvre en

cAprès de brillantes études au lycée Charlemagne et à ï école de Saint- Cyr, il a successivement conquis tous ses grades dans î armée active, depuis Sébastopol et Sclférino jusqu'aux batailles d'oAmiens, de 'Bapaume et de Saint-Quentin.

S'il a très dignement accompli son devoir de soldat , à f heure de nos gloires et aux jours funèbres de nos désastres, la haute position officielle qu'il occupait, comme Secrétaire général de la Trésidence, lui a permis plus d'une fois, dans le monde des Lettres et des 'Beaux- cArts, de jouer le .rôle affable du bon Génie pour bien des jeunes débutants qui jamais n'ont en vain fait appel à sa bienveillance.

Le Roman de la vingtième année, dont la troisième édition date de 1882, donne bien au lecteur une vraie sensation de printemps, et, comme une bouffée d'avril, vous parle d'églantiers et d'aubépine en fleurs. En parcourant les pages heureuses de ce petit volume, on reconnaît que l'auteur appartient à la famille littéraire de Bri\euxy de Charles Dovalle et d'Hégésippe éMoreau , dont les vers discrètement émus chantent longtemps dans la mémoire.

Le dernier recueil publié par Francis Tittié, sous ce titre : A travers la Vie, est une oeuvre d'un tout autre caractère, oh domine surtout la note

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grave. Ici nous feuilletons avec un respect quasi religieux une belle série i'eaux-fortes vigoureusement mordues : Les Martyrs, Le Chemin du Calvaire, Les Tyrans, Brumes de janvier, où la satire fait parfois siffler son fouet à gros nœuds et nous ramène à l'àpreté de Juvénal. Dans ce volume certaines pages ont un accent de fer patriotisme à réveiller les cœurs des plus endormis, à côté de strophes dune grâce spirituelle et toute charmante, telles que La Fleur de l'Amour, Départ pour la vie, A Mademoiselle Marguerite, Le Pays des Chimères. Onreconnait assurément que l auteur n'est pas un simple dilettante ; on retrouve à chaque instant l'homme dans son œuvre : un vrai militant qui dans les rudes épreuves de la vie, et tout en restant dans le plein cours de nos idées modernes, a su garder la foi, l'espérance et la charité, et dont les plus beaux souvenirs en terre de France sont encore deux noms héroïques et purs : Jeanne d'Arc et Marceau.

Les œuvres de Francis Tittié ont été publiées en partie par Fischbacher et par cA. Lemerre.

André L e m o y n e .

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