‹ Anthologie des poètes français du XIXème siècleChapitre 61 sur 131 · LÉO PO LD LALU YÉ · texte numérisé non relu

LÉO PO LD LALU YÉ

Devons-nous, quelque jour, plus rapprochés tous deux, Er les mains dans les mains, et les yeux dans les yeux, En causant d'avenir apprendre à nous connaître?

Jele voudrais. J'attends; j'ai la foi, j'ai l'espoir... Et pourcant mieux vaudrait ne jamais vous revoir, Si Dieu pour mon bonheur ne vous a pas fait naître.

LcA VcAC^SEL/SE VE COT{T)E

Voyez, rebondissant sur une corde oblique, Cet être féminin de badauds entouré.

Son visage en sueur, par le soleil bistré, A comme son costume un reflet métallique.

Sous le paillon terni ses cheveux, d'un beau noir, Frissonnent aux ébats de ses danses lascives : On dirait d'un corbeau les deux ailes captives. Pour l'artiste rêveur elle est étrange à voir.

Son corps, bariolé par des enluminures, A les contorsions d'une panthère; aussi Dieu, qui créa ce corps par le jeûne aminci, Dut y mettre le sang des ardentes natures.

Sous d'épais sourcils noirs ses regards affamés Portent l'expression de la souffrance humaine, Et d'un sourire empreint d'ironie et de haine Elle reçoit les sous des amateurs charmés.

ANTHOLOGIE DU XIXe SIECLE,

Un pitre maladif tourne la manivelle Qui fait rugir dans l'air un orgue aux sons discords, Tandis qu'à la voltige elle assouplit son corps, Et sur le câble étroit danse une tarentelle.

Puis, sa besogne faite, elle rentre à grands pas Dans son taudis obscur, desserre sa tunique, Mange son pain gagné sur la place publique, Et s'endort, toute lasse, un enfant dans les bras.

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