‹ Anthologie des poètes français du XIXème siècleChapitre 62 sur 131 · EMILE C H E V E · texte numérisé non relu

EMILE C H E V E

gm M ' L E ^HEVÉOT "t a ^Kjintes en 182c, d'une famille bassep^jg) bretonne. (Ancien élève de ï École tN^avale de 'Brest, il a servi ^m dans la marine militaire jusquà sa retraite, quil a prise avec

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le grade de Capitaine de Frégate.

Il a publié coup sur coup Virilités (1882), Les Océans (1885), et Chaos (1887). Les œuvres de £M. Chevé appartiennent surtout au genre philosophique et descriptif, les qualités maîtresses du poète sont une énergie poussée parfois jusquà la violence, une sincérité passionnée, et aussi une très particulière puissance d'imagination avec laquelle il sait évoquer les souvenirs terribles et grandioses de sa vie maritime.

Trente ans de cette âpre existence, faite de lutte incessante entre THomme et ï Elément hostile, ont développé en lui un pessimisme sombre; il voit dans la nature une embûche perpétuelle, où le destin haineux guette l Être désarmé comme un fauve sa proie.

Ses poésies ont été publiées par A. Lemerre.

LE TATO

C'était un grand gaillard de mine haute et fière, Dans son œil injecté luisait un feu sanglant; On vantait ses exploits, son audace guerrière : Les tribus d'alentour n'en parlaient qu'en tremblant.

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Sa peau disparaissait sous un bleu tatouage, Arabesque fantasque aux plis capricieux, Dont chaque trait parlait d'un acte de courage Ou d'un ennemi mort sous son bras glorieux.

Nul ne lançait si loin la terrible sagaie

Qu'au moment du combat l'on frotte de poison;

Nul ne faisait voler si fort sous la pagaie

La pirogue légère, au lointain horizon.

Ajoutons qu'il était seigneur de haut lignage. Cousin et favori du roi de la tribu, Un vieux gredin perclus, sinistre anthropophage, De lèpre, d'eau -de-vie et de meurtres fourbu.

Il était mon tayo : j'avais pris l'habitude

De l'emmener courir avec moi dans les bois,

Et quand la marche était ou trop longue ou trop rude;

Sur son dos ou son cou je montais à mon choix.

Quand midi calcinait la plage de sa flamme, Dans sa case j'allais m'étendre sans façon; Il me laissait son lit et sa natte et sa femme, Et s'en allait dormir à l'ombre d'un buisson.

Il venait le matin à bord de mon navire M'apporter du poisson, du laitage et du fruit, Et je le renvoyais heureux jusqu'au délire, Pour un peu de tabac, de poudre ou de biscuit.

Il bondissait, rempli d'une joie enfantine, Quand nos clairons sonnaient le fauve branle-bas ; Il buvait mon alcool et ma térébenthine; Il avait le gosier de fer comme les bras.

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