‹ Anthologie des poètes nouveaux. Avec une préface de Gustave LansonChapitre 2 sur 124 · PLAGE · texte numérisé non relu

PLAGE

Calme d'azur. . . et s'est tue aux dunes désertes Mainte strideur de cicindèle brune et verte . Hors le golfe brumeux du matin, charriant A ses flancs aux remous d'écumes mille roses, Un nuage appareille au bord de l'Orient. Mais rien n'a transgressé ma solitude, et fier De renaître sans tache aux bras du matin clair, J'écoute :

Un vent qui sait les drapeaux et les lentes D'un casino nostalgique, au loin, ne m'apporte Nul bercement sentimental de valses lentes...

Ourlant parfois le flot, voici, d'une cohorte Criarde, en l'air troué d'ébats, un sterne blanc Qui plonge et secouant de molles pierreries S'envole encor d'une aile ivre et d'un fol élan Et plane ou blesse, aigu, l'azur selon que rient De paisibles clartés sur les vagues ou bien Que s'échevèle un jeu des vents aériens. — Et je vois tristement s'enfuir au loin leur troupe, Moi que la terre garde et qui rêve la poupe D'un navire ou voir naître au ras du ciel lointain Les astres sans couchants d'héroïques destins !

(Vertes saisons, 1905-1908.)

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