A L'AMOUREUX D'UNE VIERGE
A Jules Mouqiiet.
Vainement, si le vent qui vainc les chevelures Et qui rompt la torsade et l'étalé, voilure
D'ivresse et de folie au ciel rouge des soirs, A caressé longtemps ses cheveux, un espoir De frôler cette nuque indocile et trop belle Fait encore trembler tes doigts vers la rebelle !
O cœur présomptueux ! Aux lèvres que le Vent, L'Eté, parmi l'essaim des parfums énervants, La Solitude amère et qui la vierge enseigne Ont renoncé d'ouvrir jamais, tu veux que saigne Un sourire où fleurisse une rose d'aveu Pour toi seul !
— Un songe, sans doute un oublieux Songe porté sur l'odeur d'or des vignes mures —
Un bois est près d'ici et le sombre murmure Des feuilles où l'Eté verse en vain ses rayons , C'est l'heure : la bacchante a le sommeil profond Et souhaite au doux rêve une fin naturelle... Tu souris. N'attends plus cette vierge cruelle I
— Telle autre, la dormeuse, a de si longs sourcils Et sa rousse crinière où noyer tes soucis — Mais, à l'attendre encor, cette indocile enfant Tu prendrais la figure et l'air peu triomphant D'un priape qui pour protéger des légumes Dans un verger désert bande avec amertume ,
{Vertes saisons, 1905-1908.