UN CHANT DE LA JOIE
...Je vais sous l'innocente et persévérante pluie Muant en fleuves blancs les voies trop coutumières.
Ivre d'un seul regard immense, je reviens.
La rue est large et longue comme une avenue.
La féerie de lumière en l'asphalte incrustée
Plonge jusqu'au nadir du monde
Ses poings furieux et célébrants, diadèmes
D'orgueils luisants et fous de gloire en clairs tumultes,
Je vais, sous l'innocente et persévérante pluie Muant en fleuves blancs les voies trop coutumières.
Je vais. Mon pas glissant est fait d'apothéoses.
J'ai le vertige. Et si le ciel n'existe plus,
Tout le frisson des nuits d'été vit sous mes pas,
Sous mon cœur vrombissant d'amour
Et sous ma chair entière enfrissonnée d'extase,
Joyeuse et entêtée de bonheur, et dansante !
Je suis comme un violon dans une symphonie.
Je suis le son joyeux et solitaire.
Et je suis celui-là qui projette sa joie
Autour de lui,
Et qui reçoit l'écho multiple en lui.
Ma chair est comme un faune en un clair paysage
D'azur limpide et de rocs durs,
Sifflant sous ses deux cornes joyeuses
Une chanson vers des échos
Qui rebondissent dans son cœur
Pour le gonfler immensément de joies ferventes.
Me voici revenu. Je retrouve ta chair;
Ton rire sonne encor au bois du souvenir ;
Ton regard luit encor sur moi comme un ciel d'ambre.
En touchant les tapis où ta chair s'est posée,
Je crois encor toucher ta chair
Plus souple qu'un printemps de fleurs nues d'amandiers,
Et plus tiède que Therbe claire Au joyeux soleil de midi.
Ton regard vit en moi
Comme le clair miroir d'une eau fraîche de puits
Avec un doux été de feuillage miré
Entre les turquoises du ciel.
Et le sanglot joyeux de ta caresse est encor là.
... Je suis seul, et la ville presque se tait
Je songe et je médite...
Mais je ne suis plus seul :
Des fanfares là-Las naissent à l'horizon
Comme un troupeau de peupliers après l'orage,
Neuves armures de soleil .
Des fanfares éclatent. Mille et une !
Non, je ne suis pas seul,
Je suis plus innombrable qu'une armée en marche
A l'aube des victoires frénétiques !
Car tous les mots que tu m'as dits sonnent en moi .
Tous se réveillent. Tous chantent.
J'écoute, et dans mon cœur voici l'immense fête
D'un clair printemps d'oiseaux au matin des campagnes
Jean CLARY
Né le 13 juillet 1880 à Saint-Geniez-d'Olt (Aveyron).
Étant à Montpellier, il fonda, avec Joël Dumas, la revue Pan au début de 1908. L'année suivante Jean CLARY vint à Paris; Pan qui ne paraissait que tous les deux mois, devint une publication mensuelle. Marcel Rieu la dirige avec lui depuis cette époque.
Jean CLARY a publié des poèmes : D'or et de Soleil (1908). Quelques lames de la mer sauvage (1910); Un roman : Les désemparés, mœurs d'éthéromanes (en collaboration avec Marcel Rieu); Des nouvelles et des contes, non encore réunis en volume avec la même collaboration.
Collaboration : Vers et Prose, Pan, La Phalange, Isis, Les Rubriques nouvelles, La Revue Indépendante, etc., etc..
En préparation : Un volume de poèmes et un roman.