LA FORÊT
Dans la lueur tiède d'une heure d'été
La forêt se pâmait;
Elle semblait finir aux conQns du monde,
Escaladant les monts,
Se tordant dans les plaines
Pour venir mirer ses lueurs vertes
Au bleu de la mer :
Les vagues s'y mouraient, effacées comme des peines.
Toutes les branches priaient dans la lumière
Par la voix des feuilles aux clairières,
Et riiymne rayonnant, comme une flamme
Montait, en pur triomphe vers le ciel.
D'immenses roses aux bleus pétales acclament
L'azur miré dans leurs corolles.
Au cœur des marguerites en auréoles
Un éclat du soleil s'était figé jadis.
Des archanges aux ailes blanches et frêles
Les avaient ouvertes en grands lys.
Dans la forêt fabuleuse aux troncs de cristal ,
Aux bras de corail,
Tous les buissons d'aurore flambaient,
L'herbe d'argent clair, accueillante, bruissait.
Les yeux des loups brillaient en fleurs dans la pénombre,
Instincts farouches aux aguets de la Joie
Qu'ils étreignent et broient
Pour la violer sur les décombres.
Et toutes les Pensées suaves et choisies
S'étaient blotties peureuses
Au cœur des fleurs
Et des soucis.
Des oiseaux aux couleurs éclatantes
Mouraient sans cesse identifiés au décor,
D'autres naissaient sans cesse en couleurs jaillissantes,
Sensations mort-nées dans leur essor.
Un vent triste et maudit pleurait dans les grands arbres
Saccageant les repos embaumés,
Oùla Drise réfugiée
Ondulait et riait en chansons parmi les arbres .
De tout naissait une lueur,
Enveloppante et câline comme une caresse
Pour mon Ame et sa détresse.
Un grand calme neigeait en fleurs de Bonheur.
Les Bûcherons sont venus pour tuer la Forêt,
Les cognées ont brisé les troncs de cristal,
Les fleurs se sont éteintes dans les guérets,
Tous les oiseaux sont à Tétai...
Oh ! la Nuit, et la fin de nos regrets :
Mon âme est morte dans ce néant triomphal.