LES EXALTATIONS
J'ai fait une torche du Soir Avec ses dernières flammes, Et j'ai revu tous les reposoirs Où s'était exaltée mon âme.
Ils paraissaient d'abord confus, par groupes,
Dans l'air tiède des routes.
Faits de mille et mille notes
Disparates et falottes ;
Une lueur presque fanée
Les embuait de soie rosée,
Mais si fragile et si ténue
Que loin des fautes et des mensonges.
Ils étaient revenus
A Téclair blanc de leurs songes .
Mon âme avait voulu les impossibles fastes Des Empereurs aux tiares de soleil, Nus et blonds dans la lumière et dans l'éveil De leurs yeux, pour leurs sens enthousiastes. Les bagues de leurs doigts menaient le monde
Tremblant vers leurs désirs d'enfants pervers; Et le cirque approuvait la ronde Des instincts vainqueurs des vertus d'hier. Oh ! leurs désirs jetés comme des flèches Qui se lassaient aux Ennuis mornes :
Oiseaux fébriles, rêvant d'envol sans borne Loin des morales qui dessèchent.
Elle tenait en ses mains légères Les pâles fleurs des mysticismes avortés, Lys trop frêles, navrés dans leur puberté, Ayant fleuri trop seuls loin de la chair. Les lys s'étaient fanés dans leur blancheur Devenue amère comme les pleurs.
Son front, qu'incendiait la pourpre des roses,
Brillait comme l'eau claire sous la lune,
Car chacune des fleurs palpitait, dans la joie éclose.
D'être l'Instinct aux pétales qui parfument
Les cœurs de leur apothéose.
Des femmes aux regards fougueux
Du souvenir des voluptés flétries.
L'entouraient de leurs cheveux
En corbeilles fleuries ;
Et vers mon âme indiflerente
Chacune en ses mains tendait son cœur meurtri
Dans la folie d'amours éclatantes ;
Mais à l'horizon où des foules passaient,
Mon désir immense et toujours identique
Discerna, soudain extasié,
Le doux regard de l'Unique.
Puis, d'un essor souverain
Mon âme montait dans l'azur
Vers les concepts les plus hautains;
Elle embrassait de ses yeux purs
Les étoiles, comme des fleurs fanées
Senties dans leur silence en un trophée :
Elle m ontait rayonnante et hardie
Vers l'idéal,
Chantant les clartés de l'amour intégral
Et la foi infinie.
Mais navrée du néant des vérités premières,
Elle redescendit vers les joies instinctives;
Et je la vis attentive
Dans la lumière,
Se mirer dans les prunelles rieuses
D'eau profonde de l'Amoureuse.
Mon âme n'a voulu comme gloire et prière Que les lèvres de TAmie.
Emile COTTINET
Fils du parisien Edmond COTTINET, poète et auteur dramatique, et d'une mère suisse, Emile COTTINET est né à Marseille, mais fut élevé à Paris. Il publia en 1900, à la Librairie de L'Art indépendant, son 1" volume : les Etapes et les Haltes, puis, en 1910, aux éditions de pan, le Livre lyrique et sentimental.
Il préparc un troisième recueil poétique : Ballades contre et Sonnets pour, des essais critiques et pittoresques, etc..
A collaboré aux Entretiens, à La Revue internationale, à La Revue, à L'Idée, à La Revue indépendante, à Vers et Prose, au Feuy où il parle de la Musique, et surtout à Pan auquel il donne mensuellement un Promenoir et une Revue des revues.