MARÉE BASSE
Les lointains dorés, les lointains transparents des sables Allaient se fondre au flot fuyant — Ligne frissonnante, rayant De ses blancheurs insaisissables
Les lointains dorés, les lointains transparents des sables.
De crépusculaires rougeurs Votaient de songe l'Etendue Et les flaques, miroirs des reflets voyageurs.
L'odeur des algues cpandue M'attirait vers les rochers noirs, Sphynx rôvant, \agues pyramides...
L âme des mers, Tàme des soirs Erraient, souflles amers, sur les déserts humides.
Coquilles, varechs, en craquant sous mes pas.
Effaraient de leur fracas
Un crabe creusant sa route ;
Les poux de mer, en déroute, Sautelaient parmi des éclairs de micas ;
Et des fantômes de mouettes Criaient la Noyeuse en chemin Aux galets blafards, aux falaises muettes.
Alors j'avais très peur, pauvre petit gamin Attardé sur la grève. . . Une angoisse inconnue M'élreignait, écoutant le flot, sondant la nue...
Prélude étrangement doux sous Tarchet du Vent, Mais au rythme équivoque et balancé, suivant D'enveloppantes, de perfides mélopées...
L'Occident laissait choir, comme des fleurs coupées. Ses dernières clartés sur l'horizon fuyant...
Et la sirène aux pâles yeux insaisissables
Avançait, ondoyante, noyant Les lointains dorés, les lointains transparents des sables.
(Les Etapes et les Haltes — Enfance).