‹ Anthologie des poètes nouveaux. Avec une préface de Gustave LansonChapitre 34 sur 124 · DÉCLARATION · texte numérisé non relu

DÉCLARATION

Le mystère de svelte grâce épars en toi, Irritant, m'inquiète et, décevant, m'attire, Et cette angoisse douce et ce cruel émoi

Sont mon voluptueux martyre.

L'absinthe de tes yeux m'a dépravé le cœur... De tes yeux froids qu'attise une factice flamme. Et ces regards, dont j'appréhende la rigueur. Je sais bien qu'ils sont vides d'âme .

Je sais que ton cerveau frivole est un hochet Où tintent les grelots obsédants de la Fête, Ton cœur, un violon, qu'éveille seul l'archet De ton vice toujours en quête.

Je sais qu'au frisson clair du zénith étoile Tu préfères le gaz louche sur les asphaltes, Que jamais les lointaines voix ne t'ont parlé, Invitantes aux bonnes haltes ;

Et je sais que tout ce qui monte en moi d'amer — Ce rire, que traverse une plainte tragique : La révolte de mon esprit et de ma chair —

Ce n'est pour toi qu'une musique,

Une musique où ta vanité bercera Ton rêve puéril d'être la seule Idole, Fausse étoile pour ciels de lil ou d'opéra !

Fausse bacchante! Fausse folle!...

Et pourtant il me faut t' aimer, toi que je hais ! Le féroce, l'absurde Amour n* est-il pas maître?... Mais dans ma conscience invincible tu sais

Qu'il s'est introduit comme un traître.

Les grands élans sans but, avec des pleurs aux yeux Et l'avide besoin des mots tendres qui mentent, Et le don de ma vie, en un mystérieux Envolement de harpes lentes,

Tout cela, c'est ton apanage, ton tribut ; Prends-le, pour t'amuser une heure! J'abandonne Au péril de t' aimer mon cœur, triste rebut... Mais c'est mon mépris qui pardonne .

{Les Etapes et les Haltes — Amour)

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