LE LIT
Dans la chambre sacrée autant qu'un sanctuaire Où l'Amour et la Mort tour à tour sont conduits,
Le lit s'offre à celui qui pleure et désespère, Tel un navire en panne au large de la nuit.
Porteur des émigrants de la vie coulumière, Iliiut- voilé de rideaux, il sillonne, sans bruit, Les océans de l'ombre inondés de lumière Par les fanaux du rêve et des soleils enfuis.
Au fond de sa carène étroite et immobile,
L'Homme vient s'affranchir de la tâche servile
Et des remords qui le rongèrent de leurs chancres,
Jusqu'à ce qu'au sommet d'aériens escaliers L'aurore paraissant, il songe à jeter l'ancre Au port resplendissant des meubles familiers.