AU CŒUR DE LA CITE
« Puisqu'ils n'ont pas compris mon cœur, Puisqu'ils ont bafoué mon rêve, O mon cœur, aime-les sans trêve, Pour que mon rêve soit vainqueur.
« Puisque telle est leur ignorance Qu'ils aiment leurs infirmités.
Laisse aux bonheurs inusités Le temps de la persévérance.
« Puisqu'ils ne savent rien de toi.
Montre-toi bien, qu'on te contemple ; Et, s'imaginant voir un temple, Qu'ils viennent rêver sous ton toit.
« S'ils te prirent pour une estrade, Mon cœur, mon cœur, pardonne-leur :
Pourquoi, comme un vil bateleur, Leur ai-je joué la parade?
« Plutôt que de trahir en vain Mon incompréhensible ivresse, Jaurais dû montrer ta richesse Pour qu'ils te sentissent divin.
« J^aurais dû de façon discrète Et sans un mot t'oflrir aux yeux.
Quand un astre s'allume aux cieux, Il n'a pas besoin d'interprète.
« Aussi, jamais plus je n'irai En apôtre chanter merveille :
Les paroles, si Ton n'y veille, Travestissent en faux le vrai .
« Mais, comme l'ostensoir du prêtre, Je t'élèverai gravement.
O mon cœur, ô saint -sacrement, Tu vas comme une aube apparaître.
a Ton auréole attirera
Ceux-là que ma voix fit sourire ;
Et ce cœur qu'ils croyaient proscrire
Sur leurs cœurs à tous régnera.
« Comme ils viendront en multitude Pour connaître ta vérité.
Elargis l'hospitalité, Prouve-leur ta mansuétude .
« Et, te grandissant jusqu'aux cieux, Tant l'œuvre d'amour est féconde.
Tu seras le temple du monde Dont les hommes seront les dieux ! >»