‹ Anthologie des poètes nouveaux. Avec une préface de Gustave LansonChapitre 53 sur 124 · AU CŒUR DE LA CITE · texte numérisé non relu

AU CŒUR DE LA CITE

« Puisqu'ils n'ont pas compris mon cœur, Puisqu'ils ont bafoué mon rêve, O mon cœur, aime-les sans trêve, Pour que mon rêve soit vainqueur.

« Puisque telle est leur ignorance Qu'ils aiment leurs infirmités.

Laisse aux bonheurs inusités Le temps de la persévérance.

« Puisqu'ils ne savent rien de toi.

Montre-toi bien, qu'on te contemple ; Et, s'imaginant voir un temple, Qu'ils viennent rêver sous ton toit.

« S'ils te prirent pour une estrade, Mon cœur, mon cœur, pardonne-leur :

Pourquoi, comme un vil bateleur, Leur ai-je joué la parade?

« Plutôt que de trahir en vain Mon incompréhensible ivresse, Jaurais dû montrer ta richesse Pour qu'ils te sentissent divin.

« J^aurais dû de façon discrète Et sans un mot t'oflrir aux yeux.

Quand un astre s'allume aux cieux, Il n'a pas besoin d'interprète.

« Aussi, jamais plus je n'irai En apôtre chanter merveille :

Les paroles, si Ton n'y veille, Travestissent en faux le vrai .

« Mais, comme l'ostensoir du prêtre, Je t'élèverai gravement.

O mon cœur, ô saint -sacrement, Tu vas comme une aube apparaître.

a Ton auréole attirera

Ceux-là que ma voix fit sourire ;

Et ce cœur qu'ils croyaient proscrire

Sur leurs cœurs à tous régnera.

« Comme ils viendront en multitude Pour connaître ta vérité.

Elargis l'hospitalité, Prouve-leur ta mansuétude .

« Et, te grandissant jusqu'aux cieux, Tant l'œuvre d'amour est féconde.

Tu seras le temple du monde Dont les hommes seront les dieux ! >»

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