LE JOUR NOCTURNE
Signe du jour, les yeux t'attendaient.
Tous, en même temps, ils s'ouvrent.
Saison quotidienne, les lits te couvent. Puis, l'heure venue, tu romps ta taie.
Mais il y a des yeux tardifs.
Ils se sont fermés tard sur la terre.
Bourgeons craintifs,
Leurs regards s'atterrent.
Sans eux, la journée avancera.
Ils germeront, quand l'hiver du soir baissera.
Regards de nuit.
Oisifs regards rebelles.
Par deçà les temps d'où ne monte plus le bruit, Sont-ce vos yeux, amante trop belle,
Madame de Pompadour, Quand ils suivaient le roi Faisant le tour De votre charme, contre l'ennui?
Ce sont les vôtres, joueurs de pharaon,
Tandis qu'en bas somnolent vos chaises à porteurs
Et les vôtres, larrons, Et ceux des robins, se préparant, dans le fonds,
A être bientôt les acteurs Qui feront pleurer tous ces doux yeux dont nous rêvons.
A présent, citoyens de loi,
Devant des chopes, au feu de faux soleils,
L'un l'autre se surveillent .
Nuits monotones constellées d'astres
Froids, Retours ennuagés, parles rues, de cadastre!
Toi, pour lumière, pour jour, qu'as-tu devant les yeux, Qu'une carte de chance que tu supplies, ô Dieu! Toi qu'une avidité de forme de maîtresse Qui, contre la clarté de ton devoir se dresse ?
Toi des systèmes de guerre
A culbuter tout naguère .
Et toi, un long dimanche prochain, ô boulanger Que l'on mange, heure à heure, à petites bouchées?
Mais ces nuits, après tout, comme les jours, font le temps C'est un peu d'infini que chaque homme reprend .
— ISO- LE MARCHEUR
Il s'ennuie au bord du chemin .
Il pense à la vie de la ville.
Il se souvient des secrets viles, Là-bas, qui étaient son pain.
Il s'ennuie de se sentir si reposé,
De ne pouvoir plus médire,
D'avoir envie des mots qu'il ne peut plus dire,
Des crimes qu'il ne peut plus oser.
Ah ! vertu qui nous prend
Aux tournants de la brise !
Use rend,
Tenant son cœur qui, de renaître, s'épuise.
Au bord d'une fontaine trop claire pour qu'il y puise.
Jours é vidés et énormes,
Toute la vie n'est plus que vous.
Les hommes vous voient passer sous l'orme,
De sagesse à devenir fous !
Soleil, neige de lumière en fonte :
Joie de s'y simplifier et d'en mourir de honte.
De Tesprit ne surnage qu'un languide sourire, Soit que l'on fixe au bout du môle, le fanal. Soit qu'on accepte, à travers les champs qui respirent. Des droites routes le long chenal.
Mais un soir on sait qu'on partira le lendemain. On le sait et tout le sait, au loin;
Toute la campagne s'est levée pour ce soir.
Les dos des côtes labourées ondulent : elles viennent flairer
Celui qui va, une fois encore, s'asseoir Auprès de leur patience et s'y mirer.
Suprêmes rendez -vous de cette âme glaciale. Sous les ogives basses de la pluie abbatiale.
Retourne-toi. Un phare estdéchirant,
Joignant les mains.
De l'horizon brouillé, se dressent comme des chiens
Des coteaux suppliants.
Demain, il cultivera, de nouveau, ses grands torts. Pourquoi s'arrête-t-il, hésitant et retors?
Gibier battu des vains hallalis de la plaine, Ahl pourquoi pleure-t-il à la lune qui traîne?