ANNEES, TROUPEAU DE JOURS
Ce jour qui s'en va,
Une douce indulgence
Fait que je ne sais pas
Le bien ou le mal que j'en pense.
Tout un jour, il a été toute ma vie.
II m'a contenu tout entier. Maintenant que je lui survis Il n'est, derrière, qu'un vain sentier.
Jour qui est mort,
Jour que mes lèvres, tout un jour, ont épousé
Je ne te reverrai plus : tu as touché le port . Sans moi tu vas te reposer.
Voici le soir qui me crie le départ.
Ma course est si fatale, il est déjà si tard
Que je n'ai pas le temps de te parler à part.
Au gré du calme vœu de vivre que je dois, J'habiterai un nouveau jour que je ferai semblable à toi
Un à un et tous ensemble,
O jours, l'Année vous rassemble.
Une à une, années vous formez l'ensemble
D'une vie
Que de nuit en nuit.
Moi, votre pâtre,
Vers la tombe, vers l'âtre
Patient, je conduis.
Pourtant, chacun, tel qu'il fut, seul, tout un jom% Je l'oublie : il se perd sans recours. Ah ! no singratitudes de chaque crépuscule ! Est-ce de les découvrir, au bout de ses soucis Que, la vieillesse, toute transie Soudain recule
A mesure qu'autour d'elle, ô vie, Ton troupeau lentement, chemine et s'accumule ?