‹ Anthologie des poètes nouveaux. Avec une préface de Gustave LansonChapitre 58 sur 124 · ANNEES, TROUPEAU DE JOURS · texte numérisé non relu

ANNEES, TROUPEAU DE JOURS

Ce jour qui s'en va,

Une douce indulgence

Fait que je ne sais pas

Le bien ou le mal que j'en pense.

Tout un jour, il a été toute ma vie.

II m'a contenu tout entier. Maintenant que je lui survis Il n'est, derrière, qu'un vain sentier.

Jour qui est mort,

Jour que mes lèvres, tout un jour, ont épousé

Je ne te reverrai plus : tu as touché le port . Sans moi tu vas te reposer.

Voici le soir qui me crie le départ.

Ma course est si fatale, il est déjà si tard

Que je n'ai pas le temps de te parler à part.

Au gré du calme vœu de vivre que je dois, J'habiterai un nouveau jour que je ferai semblable à toi

Un à un et tous ensemble,

O jours, l'Année vous rassemble.

Une à une, années vous formez l'ensemble

D'une vie

Que de nuit en nuit.

Moi, votre pâtre,

Vers la tombe, vers l'âtre

Patient, je conduis.

Pourtant, chacun, tel qu'il fut, seul, tout un jom% Je l'oublie : il se perd sans recours. Ah ! no singratitudes de chaque crépuscule ! Est-ce de les découvrir, au bout de ses soucis Que, la vieillesse, toute transie Soudain recule

A mesure qu'autour d'elle, ô vie, Ton troupeau lentement, chemine et s'accumule ?

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