‹ Anthologie des poètes nouveaux. Avec une préface de Gustave LansonChapitre 65 sur 124 · III. LE POSTE SUR LA LIGNE · texte numérisé non relu

III. LE POSTE SUR LA LIGNE

Seul en sa chambre de verre, toute petite,

Où des timbres sonnants palpitent

Comme des âmes,

Il guette le galop haletant des convois,

En qui la foudre a mis sa flamme

Et le tonnerre tout son déluge de voix.

Il fait danser les fils avertisseurs .

Suand ses yeux vers le sol qui bourdonne se penchent, voit sur le talus des marguerites blanches, De l'herbe et du soleil rieur.

Et l'on peut goûter là tout le miracle de la vie, Le vertige et la paix, toute une grande poésie Que ce pauvre employé sans doute ne voit pas, Ou s'il l'entend parler tout bas.

Il ne pénètre point son mystère religieux

Et ne sait comment on la nomme.

Mais j'écoute jaillir le divin frémissant et bleu. Du contact de ces trains hurlants, force de iliomme. Et de cette nature humble et calme, force de Dieu.

Car les visages du divin sont toujours deux,

Ainsi que dans l'amour. Et c'est, frappant nos cœurs.

L'éternité qui vit avec l'instant qui meurt,

L e train qui passe avec les marguerites qui demeurent.

Et celui-là, c'est l'homme, et celles-ci c'est Dieu.

Ec'est lorsque ces deux figures dudivin

Se rencontrent dans un éclair vif et soudain,

Qu'on perçoit le mystère ineffable et religieux.

Et je pourrais ici vivre e s ours Longuement monotones,

Près de l'herbe immobile et des trains qui roulent et ton-

[nent, Et je saurais trouver, comme dans un amour Exaltant à la fois et calme et reposant. Les inspirations fécondantes, qui créent De l'éternelle vie avec les éclairs de l'instant. Et dans le feu tombé des foyers galopants Je trouverais parfois l'étinceÙe sacrée, *

En souriant aux petites fleurettes fées.

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