‹ Anthologie des poètes nouveaux. Avec une préface de Gustave LansonChapitre 83 sur 124 · NOVEMBRE · texte numérisé non relu

NOVEMBRE

Novembre pleure sur la ville.

Oh ! la longue plainte du vent Ainsi qu'un appel décevant !

Ohl la plainte du vent stérile !

La plainte du vent sur la ville !

Le brouillard rampe au long des quais.

Lourd, il s'accrocne aux branches nues

Le long des mornes avenues .

— Où sont les fleurs sous les bosquets,

Aux jardins qu'inonde la pluie? —

Au fond du ciel couleur de suie

Un flot de nuages cendrés

Route par bonds démesurés

Gomme une cohue indocile...

Novembre pleure sur la ville .

Novembre pleure sur les bois.

Oh! la plainte du vent hagarde.

Ainsi qu'un rûle qui s'attarde !

Oh ! sa plainte comme une voix !

La plainte du vent sur les bois !

Les feuilles tombent une à une .

Les hauts troncs, fendus et mouillés, Tendent leurs lon^s bras dépouillés .

— Où sont les jolis clairs de lune A travers leur épais berceau? — Tout meurt. Même sur un roseau Pas un oiseau qui se balance, Pas même dans le lourd silence Le sifflet d'un merle narquois...

Novembre pleure sur les bois.

Novembre pleure sur la plaine .

Oh ! la plainte du vent qui fuit Ainsi qu'un souffle dans la nuit !

Oh ! sa plainte comme une haleine !

La plainte du vent sur la plaine !

Les champs jusqu'au terne horizon Etendent leur nudité grise Que clôt une ligne imprécise .

— Où sont les talus de gazon Et l'or des moissons triomphales !

Les prés gisent sous les rafales, Décolorés et défleuris.

Le ciel bas sur les champs meurtris S'effondre, et la brume se traîne...

Novembre pleure sur la plaine .

Novembre pleure sur mon cœur.

Oh ! le long de la cheminée La plainte du vent obstinée !

Sa plainte pleine de rancœur !

La plainte du vent sur mon cœur I

Les heures, les heures si brèves Glissent rapides comme un flot Et coulent avec un sanglot.

— Où sont les chansons de nos rêves Et les ivresses de jadis? — Des cieux mornes et refroidis Sur mon cœur pleure la tristesse.

La mort sur mon âme en détresse Allonge son linceul vainqueur. . .

Novembre pleure sur mon cœur.

{A rOmbre des Marbres).

Page 1