‹ Anthologie des poètes nouveaux. Avec une préface de Gustave LansonChapitre 85 sur 124 · PAYSAGE · texte numérisé non relu

PAYSAGE

à Jane Eabuteau.

Les petites peines qu'on a dans le printemps Passent avec, là-bas, de tout légers sillages, Si furlives, la voile en deuil, les mâts chantants. Si discrètes, de l'azur doux dans les cordages.

Qu'on regarde, et voici qu'on ne sait même plus Pourquoi Ton a pleuré tout bas sur leur passage, De quelle île d'oubli, de quel pauvre rivage Leurs deuils si blancs, et roses presque, sont venus..

La fine brume d'or effacera leurs traînes, Le bon soleil leur tend ses sourires subtils. Vient sans faire semblant... et les petites peines Glissent douces, et vont voguer dans les avrils.

Tant d'amour chante au cœur frais de la jeune année. Le ciel appuie une caresse sur les yeux. Comme des doigts passant... et son rêve est soyeux Et translucide dans la belle matinée.

Une ouate emplit l'air de ses vertiges blancs . La petite flottille hésitante, en sillage D'or, descend la vallée au fil clair du printemps. Et glisse dans l'azur très doux du paysage...

(Les Emois Blottis)

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