‹ Anthologie du journalisme du 17e si©·cle © nos joursChapitre 108 sur 171 · GERARD DE NERVAL · texte numérisé non relu

GERARD DE NERVAL

Le souvenir du drame, resté mystérieux, de la rue de la Vieille-Lanterne, en janvier 1855, a mis du tragique autour du nom de Gérard de IS'erval. Se donna-t-il la mort^ en se pendant, ou fut-il pendu, après avoir été étranglé^ par un malfaiteur ? Les constatations furent faites hâtivement et sans soin. Nombre d'anciens amis de Gérard de Nerval penchèrent pour le meurtre. La misère ne le talonnait pas, et ce rêveur avait si peu de besoins! « Je sais bien, a écrit Monselet, que Gérard de Nerval était fou, mais c'était un fou d'une espèce particulière, raisonnante. Il avait l'horreur de la mort, je ne saurais trop y insister; il l'avait toujours eue. Par contre, il s'était fait un cercle de petits bonheurs, de petits voyages, de petites promenades qui lui suffisaient depuis son retour d'Orient. » Safolie était douce, bienveillante, faite de songes de poète.

Mais Gérard de Nerval n'est pas que dans ces heures de vertige. Si sa mort l'a servi devant la postérité par l'invincible goût qu'ont les hommes pour le dramatique,, doit-on oublier tout ce qu'il y eut de gracieux, de mesuré, de sain, précisément dans son œuvre, avant que le mal n'eût obscurci une intelligence si claire et si sensible? Bien que mêlé à la phalange romantique, Gérard deNer- Tal conserva intacte sa personnalité, et c'est une chose remarquable, en effet, que dans un temps enclin aux exagérations, aux couleurs violentes, à la truculence des contrastes, il n'ait écouté que les voix qui chantaient en lui et ait créé dans toute sa chasteté et toute ça délicatesse sa Sylvie.

Non, il n'y a pas que le fantôme lamentable de la rue de la Vieille-Lanterne. Il y eut le Gérard de Nerval du

temps des grands rêves et des grands espoîra, parmi les hôtes du logis célèbre de l'impasse du Doyenné, ce Gérard dont Arsène Houssaye et Théophile Gautier ont parlé avec émotion; il y a l'écrivain aux universelles curiosités, le traducteur, le conteur, l'auteur dramatique de Léo Burc' hart ou de Vlmagier de Harlem, le voyageur. Le journaliste ne peut élre oublié en Gérard de Nerval : il partagea quelque temps le feuilleton théâtral de la Presse avec Gautier, et le feuilleton était signé de leurs deux initiales G. G., par opposition au J. J. de Jules Janin dans le Journal des Débats. 11 dirigea le Monde dramatique, il collabora au yationai. à V Illustration, à nombre de journaux. Au lendemain de sa mort, la Revue de Paris continuait la publication d'une st'rie d'articles, le Rêve et la Vie, où il décrivait ses hallucinations.

Avant les années où il ne fut plus qu'un songeur éveillé, il n'avait pas dédaigné, tout en s'éprenant de vastes sujets, d'être, au besoin, un chroniqueur familier.

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