EUGENE BRIFFAULT
Monselet a raconté une visite qu'il fit, en sa jeunesse à la maison des fous de Charenlon. On lui désigna, dans le quartier des « tranquilles », un homme au visage hébété, âgé déjà et qui ne vivait plus que dune vie végétative. « Un des plus brillants viveurs de son époque! » dit philosophiquement le directeur de l'hospice. Eugène Briffault, qui avait passé pour un homme de beaucoup d'esprit, avait fait partie de la phalange de brillants dîneurs ■de l'ancien café de Paris, où trônait le docteur Véron. Là se rencontraient Armand Malitourne, qui parlait ses chroniques plus souvent qu'il ne les écrivait et qui, rédacteur en chef de la Charte de 1830, journal du soir, n'arrivait à le faire paraître que le lendemain ; — Lautour- Mézeray, l'associé d'Emile de Girardin pour la fondation du Voleur et d'autres publications, et que ses prétentions de dandy faisaient surnommer « l'Homme au camélia «; — Nestor Roqueplan, un des rois du boulevard; — Roger de Beauvoir, élégant et spirituel viveur, dont les « mots » faisaient balle, et qui avait si bien le goût des ••[)igrammes que, s'étant marié et ayant été bientôt un •lari malheureux, il ne s'épargnait pas lui-même ; — Roinieu, « Ibomme le plus gai de France », soupeur détermine, dont les hasards de la vie devaient faire un préfet de Louis-Philippe; — Béquet, dont il a été parlé déjà. Quelques-uns de ces boulevardiers d'antan expièrent durement leur période de célébrité. Lautour-Mézeray tomba en enfance, et le spectacle de sa misère physique arracha, dit-on, à Girardin, se retrouvant en présence de ce fantôme dérisoire d'un passé tapageur, une des rares larmes qu il ait versées... sans les utiliser. Le pimpant
Rog-er de Beauvoir, à qui tout avait été permis, eut, dans l'abandon, une longue agonie de paralytique. Malitourne, qui avait été un des conducteurs de la fête, eut pour dernier asile la maison de fous, qui s'ouvrait aussi pour Eug-ène BrifFault, l'auteur de la pliysîologie du Viueur. C'étaient là les ruines du dandysme! Eugène Briffault avait été l'un des chroniqueurs du Figaro de la Restauration, du Corsaire, du Siècle, etc. Cet article sur les bains froids est caractéristique des habitudes parisiennes dans les premièx'es années de la monarchie citoyenne.