‹ Anthologie du journalisme du 17e si©·cle © nos joursChapitre 113 sur 171 · ALPHONSE KARR · texte numérisé non relu

ALPHONSE KARR

Avec Alphonse Karr s'évoquent les Guêpes, ces pages légères, spirituelles, frondeuses, qui faisaient, en effet, des piqûres parfois redoutables. Elles commencèrent à Toltiger en 1839. Alphonse Karr avait été destiné au professorat, mais il abandonna bientôt l'Université pour le journalisme. 11 s'était lié avec Lautour-Mézeray, grand lanceur d'affaires qui, avec Emile de Girardin, avait créé le Voleur, et qui fonda aussi la Mode, avant de reprendre le Figaro. Alphonse Karr fut de tous ses journaux. Puis ce fut ce livre d'un romantisme truculent. Sous les Tilleuls, que Gustave Planche, effaré, appelait « un cri d'aliéné », roman caractéristique d'une époque. <]'était le temps où Alphonse Karr, au sixième étage d'une maison de la rue Yivienne, donnait ces soirées échevelées dont a parlé Arsène Houssaye, et où l'on traitait « les Philistins » de la belle manière. C'était le temps où les amis de l'écrivain se livraient sans cesse à d'innocentes plaisanteries sur son nom. « Kar-thaginois, Karr-ton pierre, Karr-auteur, Karr-naval, Karr-touche! » lui écrivait dans un billet intime Théophile Gautier, alors lié avec lui d'une amitié étroite. Un jour, Gautier avait eu affaire à une irascible amie qui, en proie à une violente colère, avait arraché quelques cheveux au poète. Alphonse Karr les recueillit : « Tu seras bien heureux de les retrouver un jour, » dit flegmatiquement l'auteur de Sous les Tilleuls à l'auteur d'Albertus. C'est une anecdote devenue classique, comme celle de l'aventure avec Louise Colet, qui, pour punir le rédacteur des Guêpes de l'avoir raillée, lui donna un peu dangereux coup de couteau. Alphonse Karr exposa le couteau sur sa cheminée

avec celte inscription : « Donné par M"* Louise Colet — dans le dos. »

Nombreux sont les romans d'Alphonse Karr : Fa dièse, Vendredi soir, le Chemin h' plus court, Geneviève, IJor~ tense, fort en thème, Feu Dressier, la Pénélope nonnande, qui Fiippelle sa a découverte » d'Etretat, Clouis Gosselin, dont la préface est restée plus que le livre, qui, comme les autres, porte sa date.

Après quelques velléités de devenir un homme politique, après avoir vainement posé sa candidature en 18'i8. Alphonse Karr revenait au journalisme actif. Au journal Paris, il était poursuivi pour un article, en même temps que les Concourt, et, sévèrement traités, les écrivains devaient s'asseoir au banc dos prévenus, commo des malfaiteurs. L'appareil était si solennel pour un délit de presse que Karr, prenant la situation gaiement, voulut voir là un tableau de mélodrame : « Il y a eu répétition hier, dit-il en riant aux Concourt; je le tiens d'un avocat! » Faut-il parler d'Alphonse Karr « jardinier », ù Nice, j)endant son exil volontaire, après 1 Empire? Eu 1869, la mode étant aux pamphlets, il tenta de faire revivre les Guêpes.

Après avoir eu tant d'esprit, et de l'esprit le pins aiguisé, après avoir tenu une place à part, en tirailleui-, en indépendant, Alphonse Karr eut une vieillesse chagrine. Ses derniers recueils, comme celui qui a pour titre A l'encre verte, ne rappellent plus sa mordante ironie, sa caustique philosophie et, comme on disait, son style « à lame de poignard ».

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