CHARLES MAURICE
Le nom de Charles Maurice évoque une physionomieassez curieuse. En Î805, il faisait représenter, au théâtre de l'Impératrice, dirigé par Picard, sa première pièce^ les Consolateurs. Puis ce fut, au même théâtre, le Parleur éternel, qui eut le plus vif succès, mais dont la lecturer est insoutenaMe aBJoard'hai^ I/aatrea comédies se succédèrent, Gibraltar, Mascarille, la Servante maîtresse, la Cigale et la Fourmi, etc.; mais c'est ici du journaliste qu'il s'agit. Il fit de singuliers débuts dans la presse : au moment où Napoléon confisqua la propriété des journaux et en remania la rédaction, le duc de Rovigo, sur la recommandation d'Etienne , lui confia la critique dramatique au Journal de Paris. Puis il entra au ministère des cultes, fut, par erreur, compromis au moment de la conspiration du général Mallet et congédié; redevint, à la Restauration, commis de ministère, mais, cette fois, à l'intérieur, et remarqué par M. Gnizot, secrétaire général, il se trouva, au retour de Napoléon, recevoir, au ministère, Carnot s'installant dans le cabinet que venait d'abandonner l'abbé de Montesquiou : Carnot le garda auprès de lui. Les occupations administratives de Gh. Maurice, à la seconde Restauration, ne l'empêchaient pas de collaborer au Mercure, à la Gazette de France, au Journal de Paris, où il n'était plus imposé. En 1818, il voulut avoir son journal à lui, et ce fut le Camp volant, qui fit quelque bruit, et qui devint, deux ans plus tard, quotidien. C'était une feuille de format restreint, qui appartenait à ce qu'on appelait alors le petit journalisme, n'ayant pas le droit de se hasarder sur le terrain politique. Au demeurant, le théâtre intéressait particulière-
•ment Ch. Maurice, et le Camp volant derint, nprès quelques chang-ements de titre, le Courrier des thcdtres, qui devait rester entre les mains de son fondateur jusqu'en 1849. Le bureaucrate, froissé d'aroir été nommé au bureau des haras, avait donné sa démission.
Charles Maurice se vanta d'avoir fait beaucoup de choses, pendant la révolution de Juillet, notamment d'être, le premier, descendu dans la rue en habit de garde national et d'avoir sauvé le Palais-Royal. Ne se trouvant pas récompensé selon ses mérites, il écrivit une lettre au roi, rappelant qu'il l'avait remis en possession « de ses titres à lirapopularité » : cette lettre impertinente, d'une liàblerie assez amusante, et non sans verve, lui valut une condamnation, et il accomplit la première partie de sa peine dans des conditions rigoureuses. Il faut croire qu'il y eut réconciliation entre le souverain et le pampWélaire, car on trouva, en \SïS, que Ch. Maurice émargeait pour 2.000 francs aux fon<ls secrets.
Quoi qu'il en soit, Ch. Maurice n'est plus que dans son Courrier clca théâtres, qui ne manquait pas de vie et dont la collection est curieuse. Il soulevait volontiers des polémiques et les entretenait avec entrain, en continuant, au besoin, l'épée à la main, enclin à parler de lui et avec complaisance. D'ailleurs il aimait passionnément le théâtre. Quand il se retira, il se glorifia, sans ambages, de tout ce qu'on devait, selon lui, à sa critique : « Des remarques profitables à la gloire de l'art, — des conseils que la rudesse de leur forme n'a pas empêchés d'être
>lutaires, — de fortes digues opposées à des amours-
.lopres envahissants et d'une absorption funeste, — des
diarges à fond de train sur une légion d'abus qui n'ont
pas osé reparaître, — des vérités que personne n'osait
arc, et qui resteront, — la mise à nu de toutes les plaies
• l'orgarùsme dramatique, w etc. Cette longue apologie
-t plaisante. Il répondit aussi, mais avec moins d'ai-
ince, au reproche de vénalité qu'on lui adressait. A la rite, il n'avait pas l'envergure de l'espèce de condot-
rre qu on se jdut parfois ù représenter, et ses ménageixienté étaient acquis pour peu de chose. Il a.vait fait trop de Tives piqûres pour qu'on n'exagérât pas ses défaillances. — Il a laissé une Histoire anecdotiqae du théâtre
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qui, SOUS une forme asses bizarre, est une mine d'anecdotes.
On jugera de sa manière, tantôt excessive, tantôt emphatique et pénétrée du sentiment de sa personnalité.