PIERRE LEROUX
Pierre Leroux s'était fait ouvrier après avoir été admis à TEcole polytechnique. C'était une âme bouillonnante. Des travaux de toutes sortes avaient sollicité son activité. En 1824, il avait pris part à la fondation du Globe, dont l'opposition au gouvernement de la Restauration avait une allure indépendante. Pierre Leroux embrassa avec ardeur les idées saint-simoniennes et leur donna le Globe comme org-ane. Le saint-simonisme, qui prit son développement après la mort du comte de Saint- Simon, auteur du Nouveau Christianisme, et qui était dirigé par Enfantin et Bazard, professait des réformes sociales profondes : l'histoire de l'humanité n'avait été que I exploitation de l'homme par 1 homme; il prêchait « lexploitation delà nature par l'homme associé à l'homme ». L'Etat serait le seul propriétaire du sol, le seul industriel, le seul commerçant, mais il aurait la charge d'assurer l'existence des travailleurs. Ce principe entrouvrait la suppression de l'hérédité. Le saint-simonisme était devenu une véritable religion. Les disciples, pour préparer l'émancipation générale, pour donner l'exemjjle de lassociation universelle, vivaient en communauté Quand ces idées sociales donnèrent carrière aux utopies d'Enfantin, un schisme naquit dans l'Eglise saint-simonienne. Pierre Leroux suivit Bazard, réagissant contre le ridicule dans lequel sombrait ce mouvement qui avait fait de nombreux adeptes parmi les esprits ouverts à des conceptions neuves. Il édi&ait alors ses théories propres, que résume son livre : De l'Humanité, de son principe et de son avenir, où il exposait son système théorique et social. Sa théorie de l'égalité aboutissait à une manière de communisme mystique, seule clef d'un bonheur fondé sur des aspirations supérieures. Mais, à côté de ces spéculations philosophiques, il proposait des solutions*
plus immédiates. Il les développait dans la Revue indé^ pendante, avec la collaboration de George Sand, qui, pendant une période de sa vie intellectuelle, lui voua une grande admiration. « Quand j'écrivais Lélin, disaitelle, on 1841, dans une lettre à Charles Duvernet, la tête perdue de douleurs et de doutes sur toutes choses, j'adorais la bonté, la simplicité, la science, la profondeur de Lerous, mais je n'étais pas convaincue. Je le reg'ardais comme un homme dupe de sa vertu. J'en ai bien rappelé, car, si j'ai une goutte de vertu dans les veines, c'est à lui que je le dois, depuis cinq ans que je l'étudié, lui et ses œuvres. » Et, parlant de la part qu'elle avait à la Revue indépendante : « Nous nous sentons si forts de conviction que, quand même personne ne nous écouterait, comme il ne s'agit ici ni d orgueil ni de gloire, nous serions sûrs d'avoir fait notre devoir, obéi à une volonté intérieure qui nous enflamme, et laissé quelques vérités • crites qui mettront un jour quelques hommes sur la voie d'autres vérités. » Et encore, une autre fois : « Comme c'est la seule philosophie (celle de Lei'oux) qui porte au cœur comme l'Evangile, je m'y suis plongée et je m'y suis transformée; j'y ai trouvé le calme, la force de prier, resi>érance et l'amour patient et persévérant de l'humanité. » A la Revue indépendante succéda la Revue sociale. Pierre Leroux, qui avait vivement combattu le gonvernementde Juillet, futéluàl'Assemblce constituante de 1848, où il fut peu compris et peu écouté, dans un milieu on les questions de sociologie intéressaient moins que les questions purement politiques. Après le coup d'Etat de 1851, Piei-re Leroux fut un des proscrits de Jersey. Il revint en France en 1860.