P.-J. PROUDHON
Une ftirinulc sans cesse répétée, et d'ailleurs généralement peu comprise, en étant isolée d'un corps de doctrines : c'est ce qu'évoque tout d'abord ce nom de Proudlion. — Des travaux de philologie et de linguistique occupèrent son activité, pendant sa laborieuse et difficile jeunesse, avant que, avec sa hardiesse de vues, il abordât l'étude des questions sociales. Ce fut d'abord le célèbre Mémoire inlitulé : Qu est-ce que la propriété? Puis se succédèrent les Principes d'organisation politique, les Contradictions économiques, la Justice : « Je détruirai et je construirai ; » c'était l'épigraphe qu'il avait inscrite en tète d'un de ses livres. Il se piquait d'aller jusqu'au bout de son système philosophique, et il ne raillait rien tant que les opinions moyennes. Du philosophe, la révolution de 18i8 allait faire à la fois un pamphlétaire et un représentant du peuple. Le journaliste resta un indépendant, plein de contradictions, et ses polémiques vigoureuses dans la forme, parfois déconcertantes dans le fond, par leurs brusques revirements, attestaient qu'il ne se rangeait sous aucune bannière ; si radicales que fussent s»s opinions, il se complaisait en incessants paradoxes. Son socialisme s'accommodait mal d'une lignepolitique. Victor Hugo a dessiné de Proudhon, à l'Assemblée nationale, ce croquis : « Il a les cheveux blonds, rares, an désordre, mal peignés, une mèolie ramenûe sur le front, qui est haut et intelligent. Son regard est ù la fois humble, pénétrant et fixe. Il y a du dogue dans son nez. presque camard, et du singe dans son collier de barbe. Sa bouche, dont la lèvre inférieure est épaisse, a l'expression habituelle de l'humeur. Il a l'accent frunc-comtois ',
il précipite les syllabes du milieu des mots et traîne les syllabes finales ; il met des accents circonflexes sur tous les a. Il parle mal et il écrit bien. A la tribune, son geste se compose de petits coups fébriles du plat de la main sur son manuscrit. Quelquefois il s'iriùte et écume, mais c'est de la bave froide. Le principal caractère de sa contenance et de sa physionomie, c'est l'embarras mêlé à l'assurance. »
Les passages de l'article ci-dessous forment un exposé de la doctrine proudhonienne.