‹ Anthologie du journalisme du 17e si©·cle © nos joursChapitre 16 sur 171 · SPARTIATES ET ATHENIENS · texte numérisé non relu

SPARTIATES ET ATHENIENS

La science de Lycurgue n'a consisté qu'à imposer

:os privations à ses concitoyens; l'art est de ne rien

retrancher aux hommes du petit nombre de leurs

jouissances, mais d'en prévenir l'abus. Le beau

mérite qu'avait Lycurgue d'ùter la cupidité aux Lacédémoniens avec sa monnaie de cuivre, dont mille francs, aujourd'iiui si légers dans un billet de caisse, remplissaient la maison jusqu'au toit! Le beau mérite de leur inspirer la frugalité, avec son fromage et sa sauce détestable; de guérir les maris de la jalousie, en mettant le cocuage en honneur; de guérir de l'ambition, avec sa table d'hôte à dix sous par repas! Mably trouve tout cela admirable; mais c'est détruire la passion de l'amour avec un rasoir, et en vérité il n'y a pas là de quoi se récrier sur l'invention! Lycurgue est un médecin qui vous tient en santé avec la diète et l'eau. Mais quelle pire maladie qu'un tel régime, et la diète et l'eau éternellement? Je ne ni étonne plus, disait un Sybarite qui venait de passer vingt-quatre heures à Lacédémone, et qui faisait bien vite remettre les chevaux à sa voiture pour continuer ses voyages, je ne m'étonne plus du courage de ces gens-là. Qui diable craindrait la mort dans ce pi\ys et ne s'empresserait de se faire tuer bien vite pour être déli^'ré d'une telle vie? — Lycurgue avait rendu ses Lacédémoniens égaux, comme la tempête rend égaux ceux qui ont fait naufrage. C'est ainsi qu'Omar a rendu les musulmans aussi savants les uns que les autres, en brûlant la bibliothèque d'Alexandrie. Ce n'est point cette égalité-là que nous envions. La politique, l'art de gouverner les hommes qui n'est que celui de les rendre heureux, ne consiste-t-il pas plutôt à faire tourner au profit de la liberté les arts, ces dons du ciel, pour enchanter le rêve de la vie? Ce n'est ni sou théâtre, ni son luxe, ni ses hôtels, ni ses jardins, ni ses statues, ni son commerce florissant et ses richesses, qui ont perdu Athènes : c'est sa cruauté dans ses victoires, ses exactions sur les villes d'Asie, sa hauteur et son mépris pour les alliés, sa prévention aveugle, son délire pour des chefs sans expérience

et des idoles d'un jour, son ingratitude pour ses libérateurs, sa fureur de dominer et d'être non seulement la métropole, mais le tyran de la Grèce. Dans un temps où il n'y avait ni imprimerie, ni journaux, ni liberté indéfinie d'écrire, les lumières cl la philosophie firent à Athènes l'effet des lois somptuaires, des lois agraires, des lois si austères et du carême éternel de Lacédémone.

[Révolutions de France et de Brahant, n" 20.)

Mais voici un tout autre ton. Les événements ont marché. Camille, membre de la Convention, a contribué, par -on âpre et mordant pamphlet, Y Histoire des Drissoiins, à a chute de la Gironde. 11 reprend sa plume de journaliste • l fait paraître le Vieux Cordclier (5 décembre 1793). Au ours de la publication de son journal, ses idées se modifient. S'il a suivi linspiration de Robespierre dans son deuxième numéro, il s'en sépare dans le troisième, justement célèbre par le pathétique commentaire de Tacite, 'lusion transparente à la Terreur. Dans le quatrième, ;-ien qu'il précise sa pensée par une note, ou son sentiment, dit-il, « n'est pas qu'on ouvre les deux battants des maisons de suspicion, mais seulement im guichet », il demande, avec une vibrante éloquence, qu'on arrête, par 1 institution d'un Comité de clémence, l'effusion du sang. \.f^ voici suspect à son tour, accusé de faire partie de la faction des Indulgents •>■>. Les services qu'a rendus à la évolution celui qui s'appelait, cinq ans auparavant, « le • rocureur général delà Lanterne », défendent un moment ' : imille Desmoulins. Mais, malgré l'intervention d'abord !ialenrense, plus molle ensuite, de Robespierre (le 9 thcri.idor, Vodier reprochera {\ Robespierre d'avoir plaidé la luse de Camille), l'auteur du Vieux Cordclier est rayé de il société des Jacobins. Il est déjà désigné pour l'échaf.iud. Le talent de Camille s'élève singulièrement dans le Vieux Cordelicr {il fut arrêté comme il corrigeait les épreu- . '^s du "f numéro', soit qu'il incrimine la loi des suspects, ; l'il attaque Hébert, ou qu'il se justifie lui-même. L'appel I la clémence est une des plus belles pages :

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