AUGUSTE BLANQUI
On retrouvera plus tard, en Blanqui, le journaliste de la Patrie en danger et de Ni Dieu ni maîbre. En 1848, le conspirateur que, pour ses perpétuelles condamnations, Gustave GefFroy devait pittoresquement appeler 1' « Enfermé », dans l'étude qu'il lui a consacrée, avait été délivré par la révolution de l'emprisonnement qu'il subissait à Tours, après de dures annéee passées au Mont Saint- Michel. 11 expiait sa participation à l'insurrection du 12 mai 1839. Il s'était jeté aussitôt dans l'action, groupant autour de lui les révolutionnaires ardents. C'est alors que se produisit contre lui une étrange accusation, fondée sur un prétendu document qui avait été découvert dans le cabinet de Guizot, et qui était censé attester une trahison du combattant de 1839, pendant son procès, une déclaratien faite par lui au ministre de lintérieur. A la vérité, la longue et rigoureuse captivité de Blanqui semblait démontrer plus que tout la fausseté de ce document. « Le Mont Saint-Michel, le Pénitencier de Tours, sont là pour répondre, écrivait Blanqui. Parmi mes compagnons, qui a bu aussi profondément que moi à la coupe d'angoisse.' Pendant un an, l'agonie d'une femme aimée s'éteignant loin de moi dans le désespoir, et puis, quatre années entières, un tête-à-tète éternel, dans la solitude de la cellule, avec le fantôme de celle qui n'était plus, tel a été mon supplice, à moi seul, dans cet enfer du Dante. J'en ai les cheveux blanchis, le cœur et le corps brisés, et voici retentir à mon oreille le cri : Mort au traître! crucifions-le ! » A défaut d'un journal, Blanqui avait à sa disposition le placard, dont, pendant la période de 1848, on fit un usage cxtraordinairement abon-
dant. C'était le journal d'un jour, pour les besoins d'une cause, pour une riposte, pour des observations présentées sous une forme véhémente. Il fallait, dans ce recueil, signaler ces feuilles sans lendemain, cette forme encore plus éphémère du journalisme. Blanqui se servit du placard pour sa défense, hautaine dans le fond, violente dans l'expression. On sait que cet incident créa une longue inimitié entre Blanqui et Barbés.